« La fin d’internet est prévue pour 2023 ! »

Et si 2023 était l’année de la fin d’internet ? Un mythe pour certains, une aberration pour d’autres. Les plus grands détracteurs de cette théorie diraient « Qui est encore le Nostradamus qui nous a pondu cette bêtise ? C’est le même qui a prédit la fin du monde pour l’an 2000 ? ».

Cette prédiction de la fin d’internet en 2023, nous ne la devons pas à un illuminé mais à des chercheurs de la prestigieuse Royal Society, l’équivalent britannique de notre Académie des Sciences. Hier et aujourd’hui, ces scientifiques organisaient une conférence traitant du « capacity crunch » d’internet (la crise de capacité d’internet).

La demande rattrape l’offre. On s’en est très bien sortis pendant des années, mais on arrive au point où on ne peut pas continuer pour toujours. – Andrew Ellis, chercheur à l’Université Aston de Birmingham –

Selon les chercheurs, la raison de la fin d’internet d’ici 2023 serait l’augmentation spectaculaire du volume de données échangées. Avec l’essor des smartphones, tablettes, des télévisions connectées, des objets connectés ainsi que la multiplication des services de vidéos, le transport des données pourrait devenir impossible et la consommation électrique insoutenable.

Selon Andrew Ellis, « nous allons arriver à court d’énergie dans une quinzaine d’années ». Il est vrai que l’émergence du cloud computing, la sauvegarde des données des utilisateurs en ligne, a fait exploser le nombre de datacenters. Selon l’Institut d’Aménagement et d’urbanisme d’Ile-de-France, certaines zones de la région sont « au bord de la saturation » en terme de consommation électrique.

25% de l’augmentation des besoins en énergie liée au Grand Paris sont imputables à ces datacenters selon la direction régionale et interdépartementale de l’environnementet de l’énergie.

Evidemment, une telle théorie a déjà fait réagir les plus fervents défenseurs d’internet. Il y a ceux qui qualifient cette étude d’alarmiste et d’autres qui parlent de l’éternel mythe de l’effondrement d’internet. Pour beaucoup, en tout cas toute cette théorie a été largement amplifiée et déformée.

Aucune raison de faire du sensationnalisme pessimiste

Pour Clément Cavadore, consultant et membre du conseil d’administration de France IX, principal acteur de l’internet français (les FAI y connectent leur réseau par exemple), « on joue sur l’alarmisme ».

Cette prédiction sert à dire qu’on ne gagne pas assez d’argent, qu’il faut des investissements. Je ne dis pas que les besoins en bande passante ne vont pas augmenter (…) La technologie s’adapte et les usages ne vont pas continuer à croître comme ils l’ont fait ces dix dernières années. Mon frigo ne m’enverra pas une vidéo en haute définition de l’intérieur de sa porte ! – Clément Cavadore –

Une théorie soutenue par le directeur technique d’AMS-IX, Henk Steenman, son homologue à Amsterdam :

Un effondrement d’Internet au niveau mondial sera évité en hébergeant dles données qui représentent la majeure partie de la bande passante plus près de l’utilisateur final. C’est ce à quoi nous assistons : les données sont transférées de plus en plus localement, et non plus sur de grandes capacités au niveau mondial.

Enfin, Laurent Lefevre, chercheur à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) dont les études portent justement sur la consommation énergétique liée à internet, estime lui aussi que l’étude se base « sur des chiffres alarmistes » :

Nos travaux montrent qu’il est possible de diminuer par un facteur 1 000 la consommation électrique d’internet tout en garantissant la qualité du service. Autrement dit, on pourrait avoir en 2020 un réseau qui consomme 90% de moins qu’en 2010, même avec l’explosion du trafic.

D’après lui, les clés de la maîtrise de l’énergie résident dans les évolutions technologiques des appareils moins énergivores, l’organisation des réseaux ou encore l’optimisation des logiciels ou applications.

La fin d’internet ? Un mythe « vu cent cinquante fois

Depuis la naissance d’internet, sa mort a déjà été prédite à plusieurs reprises. D’abord en 1996 pour le fameux bug de l’an 2000 dont nous parlions en introduction, puis en 2004 avec l’arrivée des pays émergents et enfin en 2012 avec l’explosion des smartphones et tablettes, et donc de l’internet mobile.

Le mythe de l’effondrement d’Internet, on l’a vu cent cinquante fois, j’ai confiance dans les chercheurs des équipementiers, car c’est dans l’intérêt de tout le monde. – Consultant réseau anonyme –

Cette nouvelle prédiction fait évidemment sourire ceux qui ont déjà connu les précédentes. C’est le cas par exemple de Stéphnae Bortzmeyer, ingénieur réseau et spécialiste de l’architecture d’internet.

Selon lui, « techniquement, il est exacte que le débit augmente et que, si on ne fait rien, ça atteindra une limite ». Il ajoute néanmoins que « les opérateurs ne restent pas inactifs et prennent des mesures. Jusqu’à présent, ça a toujours marché. Je ne vois aucune raison de faire du sensationnalisme pessimiste ».

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