« Faut-il tenter de contacter les extraterrestres? »

Une question cruciale divise les scientifiques : faut-il tenter de contacter les extraterrestres, ou se contenter d’écouter ce qui se passe dans l’espace ?

La quête de vie intelligente dans l’univers peut ressembler à de la science-fiction, mais elle fait déjà partie intégrante de la recherche en astronomie depuis des décennies. Et désormais, certains chercheurs veulent passer à l’étape suivante, non seulement en traquant les signes de vie mais aussi en émettant des signaux annonçant aux potentiels extraterrestres : « Hey, on est là ! »

Cette idée est très critiquée par certains esprits brillants comme Stephen Hawking, et elle a suscité un débat qui devrait s’intensifier cette année alors qu’une jeune organisation compte bien créer un message à diffuser dans l’espace à l’intention des extraterrestres d’ici à 2018. METI International, né en 2015, est un groupe de recherche à but non lucratif qui compte bien diffuser ses premiers messages très prochainement. Son nom signifie d’ailleurs « Messaging Extraterrestrial Intelligence ».

« La question majeure, c’est : ne serait-il pas dangereux de signaler notre présence aux extraterrestres ?, explique Douglas Vakoch, président de METI International. Peut-être qu’au moment où ils recevront notre message, ils traverseront une sale période et seront d’humeur méchante. Mais si c’est le cas, ils peuvent venir quand même. »

Le problème, en gros, c’est que nous ne savons rien des formes de vie qui peuplent potentiellement notre univers, et si elles sont hostiles, signaler notre existence pourrait s’avérer fatal. Elles pourraient décider d’attaquer notre planète pour piller ses ressources, ou encore éliminer notre espèce juste pour le fun.

« Nous ne savons pas du tout si les aliens peuvent être dangereux, écrivait le physicien Mark Buchanan dans Nature Physics l’été dernier. La seule histoire de vie évolutive que nous connaissions – celle de la Terre – est riche en conflits violents, en batailles pour les ressources, et en oppression de certains groupes par d’autres. »

Notre propre histoire n’invite donc pas l’optimisme. Mais ceux qui sont favorables à l’émission d’un message, comme Vakoch, considèrent que s’il existait des formes de vie hostiles technologiquement capables de nous rendre visite, elles nous auraient déjà trouvés : la Terre émet des ondes radio depuis des décennies, et celles-ci atteignent les 7000 étoiles les plus proches.

Vakoch possède un doctorat en psychologie, mais il s’interroge sur l’opportunité de tenter de communiquer avec des formes de vie extraterrestres – et sur le contenu d’un éventuel message – depuis la fin des années 90 au sein de l’institut SETI. Il m’explique qu’une partie de la mission de METI est de mettre à l’épreuve le paradoxe de Fermi – qui demande pourquoi, alors que l’univers est théoriquement peuplé d’innombrables formes de vie, nous n’avons encore rencontré aucune d’entre elles.

Une théorie voudrait que nous soyons entourés d’extraterrestres, mais qu’ils se cachent de nous, pauvres plébéiens. La seule façon d’attirer leur attention serait donc de faire le premier pas.

Ce ne serait pas la première fois que nous enverrions délibérément des messages dans l’espace : la NASA l’a déjà fait, avec son disque en or à bord de Voyager, des plaques sur Pioneer 10 & 11, et la chanson des Beatles qu’elle a diffusée en 2008. Mais la différence, c’est que ces messages n’allaient pas au bout des choses : tant mieux si des extraterrestres tombaient dessus par hasard, mais ils n’étaient pas dirigés spécifiquement vers une planète où nous avons des raisons de penser que la vie existe peut-être. METI, à l’inverse, enverrait des messages vers des endroits spécifiques, comme par exemple Proxima B, une planète qui ressemble à la Terre et se trouve dans la zone habitable à proximité de notre plus proche voisine, Proxima Centauri. Le message pourrait atteindre Proxima B en un peu plus de quatre ans, ce qui signifie que nous pourrions obtenir une réponse dans les huit années suivant l’envoi du message.

Mais si vous êtes plutôt d’accord avec Stephen Hawking et que vous craignez que ce soit trop risqué, ne paniquez pas. Vakoch m’affirme qu’il y aura pas moins de 3 réunions majeures au sein de METI cette année pour débattre du projet. L’une de ces réunions, qui aura lieu en mai à St. Louis, concernera les risques et bénéfices potentiels de signaler notre existence à d’autres formes de vie, et pourrait bien décourager le groupe de diffuser des messages.

« C’est possible, dit Vakoch. Nous voulons entendre ceux qui s’inquiètent et trouver une méthode qui satisfasse tout le monde. »

Et même si METI s’en tient à son plan d’émettre un message en 2018, il lui faudra soit obtenir la permission d’utiliser l’un des plus grands télescopes radio de la planète, soit réunir assez de fonds pour construire le sien, et rien ne garantit que l’une de ces deux options soit possible.

Quel que soit votre camp, il sera très intéressant de suivre ces débats de près. Il y a tout de même de très fortes chances qu’il existe d’autres formes de vie dans l’univers, et les plus grands scientifiques commencent à franchement s’en soucier.

Sources

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