« Les Etats-Unis vont-ils sortir de l’accord de Paris sur le climat ? »

Plusieurs villes américaines entendent respecter l’accord de Paris, malgré les déclarations de Scott Pruitt, récemment nommé à la tête de l’agence de protection de l’environnement par l’administration Trump qui conteste le fait que les activités humaines influencent le climat.

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Le climatosceptique Scott Pruitt a été nommé par l’administration Trump à la tête de l’Agence de protection de l’environnement (EPA). Une agence qu’il n’avait cessé de combattre alors qu’il était ministre de la Justice de l’Oklahoma. C’est donc sans grande surprise que ce dernier a affirmé jeudi 9 mars 2017 que « les émissions de dioxyde de carbone (CO2) n’étaient pas un facteur déterminant dans le changement climatique« .

« Je pense que mesurer avec précision (l’impact de) l’activité humaine sur le climat est quelque chose de très difficile et il existe un immense désaccord sur le degré de cet impact. Donc non, je ne serais pas d’accord pour dire qu’il s’agit d’un contributeur important au réchauffement climatique« , a-t-il déclaré dans une interview sur la chaîne CNBC. « Nous devons continuer d’étudier l’analyse » de l’impact du CO2, a-t-il ajouté. Une affirmation qui va à l’encontre de l’écrasante majorité des études sur le climat (97%) qui s’accordent à conclure que la combustion de dérivés du pétrole, de gaz naturel et de charbon, a largement contribué à la forte montée des températures depuis le début de l’ère industrielle et à la fonte accélérée des glaces arctiques.

La planète a battu un record de chaleur ces trois dernières années, le mercure atteignant des niveaux sans précédent depuis le début des relevés de température en 1880. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) « a déterminé que l’accroissement des émissions de CO2 était la principale cause du réchauffement suivi par le méthane, les gaz halogénés et le protoxyde d’azote dont les concentrations ont résulté principalement des activités humaines« , précise Kerry Emanuel, professeur de sciences atmosphériques au Massachusetts Institute of Technology (MIT).

La menace de sortir de l’accord de Paris plane

Selon un document obtenu par plusieurs médias américains, les coupes budgétaires envisagées par M. Pruitt entraîneraient une réduction de 20% du personnel de l’EPA et élimineraient des dizaines de programmes de protection de l’environnement. Scott Pruitt a également dénoncé jeudi le « mauvais accord » de Paris sur le climat. Steve Bannon, conseiller en stratégie du président et ex-patron du site d’informations d’extrême droite Breitbart, presse la Maison Blanche de sortir de l’accord historique conclu en décembre 2015 par 194 pays, selon le quotidien new-yorkais, citant des responsables anonymes gouvernementaux et du secteur de l’énergie. Pendant sa campagne électorale, M. Trump avait dit qu’une fois élu il annulerait la participation américaine à cet accord, un des grands accomplissements de Barack Obama.

Toutefois, cette position est loin de faire l’unanimité aux États-Unis. L’entourage du président Donald Trump serait très divisé concernant l’opportunité pour les États-Unis de se retirer de cet accord phare, a récemment rapporté le New York Times, avançant qu’une décision pourrait être annoncée très prochainement. Mais, selon ces sources, cette position est rejetée avec force par le secrétaire d’État Rex Tillerson – ex-patron du géant pétrolier ExxonMobil – ainsi que par la fille aînée du président, Ivanka.

Cette dernière a l’oreille de son père et avait notamment rencontré avec lui, après l’élection, Al Gore, chantre de la lutte contre le réchauffement. Ils craignent qu’un retrait des États-Unis n’ait des conséquences diplomatiques néfastes, en sapant la crédibilité de Washington et en affaiblissant ses liens avec des alliés cruciaux. Juridiquement, le nouveau président américain Donald Trump peut tout à fait dénoncer la signature de son prédécesseur, Barak Obama. Mais politiquement, le prix à payer pourrait être important.

« Nous avons déjà réalisé 60% de nos objectifs »

Par ailleurs, l’ex-maire de New York, Michael Bloomberg, envoyé spécial de l’ONU pour les villes et les changements climatiques, affirmé que les « villes, les entreprises et les États américains » respecteront l’engagement des États-Unis vis-à-vis de l’accord de Paris, durant une rencontre jeudi 9 mars 2017 avec le président François Hollande. Une rencontre en compagnie de la maire de Paris Anne Hidalgo, présidente du réseau de villes C40 sur le climat, afin d’évoquer « les progrès accomplis par les villes face au changement climatique, notamment aux États-Unis« .

« Nous avons déjà réalisé 60% de nos objectifs, et ceci grâce au secteur privé qui aide à la fermeture des centrales électriques à charbon, aux grandes entreprises qui examinent leur empreinte carbone et tentent de l’améliorer, et par le fait que les citoyens américains comprennent que le changement climatique est une réalité« , a précisé M. Bloomberg à l’AFP. « J’espère qu’une fois que le président (américain Donald Trump) aura passé plus de temps en fonction, il comprendra qu’il peut être un dirigeant pour nous aider à préparer l’avenir comme le fait le président Hollande« , a-t-il ajouté. Après son élection le 8 novembre 2016, Donald Trump avait affirmé garder « l’esprit ouvert »sur le sujet.

Sources

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