« Le mystère des pierres mouvantes du désert est enfin expliqué »

Les pierres mouvantes de la Vallée de la mort, en Californie, cheminent parfois sur ces centaines de mètres à cause des spécificités environnementales du désert des Mojaves. Il aura fallu 70 ans pour résoudre ce mystère.

Les pierres mouvantes de la Vallée de la mort, en Californie, cheminent parfois sur ces centaines de mètres à cause des spécificités environnementales du désert des Mojaves.

Avez-vous déjà vu une pierre bouger ? Je veux dire, une pierre bouger toute seule, indépendamment de tout système de propulsion et d’agent animal ou humain ? Une pierre qui glisserait, libre, vers son destin de minéral ? A priori non, sauf si vous prenez des psychotropes un peu trop souvent.

Pourtant, ces roches douées de mouvement existent bel et bien, et elles ont résisté à toute tentative d’explication scientifique pendant des décennies.

La Racetrack Playa correspond à l’emplacement d’un lac asséché situé au beau milieu du parc national de la Vallée de la mort. Le lieu est entouré par des coteaux rocheux, et il y a des centaines d’années, il était rempli d’eau. Ce site est l’un des plus chauds, des plus secs et des plus profonds d’Amérique du nord, mais surtout, il a la particularité d’abriter des « pierres mouvantes », des roches qui se déplacent d’elles-mêmes sur le sable en laissant de longues traces derrière elles. Ce n’est qu’en 2014 que les scientifiques ont trouvé une explication à ce phénomène en apparence surnaturel : une combinaison de paramètres environnementaux proprement incroyable faisant intervenir la glace, le vent et le soleil.

Il est très rare d’observer directement les pierres en mouvement. Cependant, plusieurs indices nous indiquent qu’elles avancent régulièrement : derrière les roches, de longues traînées rectilignes, courbes ou en zigzag marquent leur passage.

Ce phénomène a été observé pour la première fois à la fin du 19e siècle, mais pendant des décennies, personne n’a pu avancer d’explication convaincante à la dynamique de leur mouvement, rapporte Richard Norris, océanographe à l’Université de Californie. Il fait partie de l’équipe de chercheurs qui a enfin résolu le mystère.

« La première étude scientifique sur les pierres a été menée en 1948, puis plusieurs publications se sont succédées », explique Norris. « Tous les dix ans, quelqu’un publiait un nouveau papier sur Racetrack, mais aucun chercheur ne s’était jamais risqué à étudier le problème sur un temps long de peur de passer pour un chasseur de mystères, ce qui est très mauvais dans une carrière. Mes collègues ont toujours pris cette affaire pour une énigme amusante, pas pour un sujet d’étude à part entière. »

Norris a découvert les pierres quand il était encore enfant. Son oncle, géomorphologiste à l’UC San Diego, emmenait parfois ses étudiants sur la plage de Racetrack, et en profitait pour emmener Norris et son cousin. À l’âge adulte, ceux deux-là sont devenus scientifiques, et ont décidé de résoudre une bonne fois pour toute le mystère des pierres en mettant en place un protocole expérimental rigoureux.

Des recherches préliminaires avaient déjà permis de produire plusieurs hypothèses pour expliquer le cheminement des pierres. Certains pensaient qu’elles étaient mues par des vents violents, d’autres qu’une pellicule de glace se formait à leur surface pendant l’hiver, provoquant des micro-glissements. Quelques originaux ont même avancé des hypothèses pseudo-scientifiques, comme la lévitation acoustique – la croyance selon laquelle des sons peuvent faire léviter des objets lourds.

Pour vérifier ces hypothèses, Norris et son cousin ont attaché des unités GPS au dos de roches qu’ils ont amené eux-mêmes dans la Vallée de la mort, car le Service des parcs nationaux a refusé de les laisser toucher aux pierres existantes. Ils ont également installé une station météo sur le site, puis… ils ont attendu. Longtemps.

Deux ans plus tard, les pierres s’étaient effectivement déplacées. Les deux scientifiques les ont même surprises en pleine action, par un hasard assez formidable, et leurs observations sont commentées dans un article publié dans PLOS One. Le duo a découvert que lorsqu’une quantité de pluie suffisante tombait sur le lac asséché et que les températures chutaient brutalement, l’eau gelait sous forme d’une épaisse pellicule de glace recouvrant les coteaux, d’où se détachaient des pierres qui roulaient jusque sur la plage. Quand la lumière du soleil se mettait ensuite à chauffer la glace, la faisant fondre, il suffisait alors que souffle un vent léger pour déplacer ces feuilles de glace recouvrant le sol, entraînant les pierres avec elles.

« Les feuilles de glace sont de l’épaisseur d’une vitre de fenêtre », explique Norris. « Et malgré cette finesse, elle sont très, très larges. On a ainsi des sortes de pare-brise de glace qui ont prise au vent, et qui peuvent faire glisser de gros objets, comme des pierres. »

Ces observations ont suscité la fascination générale, d’abord chez Norris et son cousin eux-mêmes, mais aussi chez d’autres scientifiques. La dynamique du phénomène permet désormais d’expliquer des mystères de pierres ambulantes similaires, un peu partout dans le monde.

Même s’il ne s’agit pas de l’explication surnaturelle à laquelle le public s’attendait, la vérité n’est pas décevante pour autant. « La science est un ravissement sans cesse renouvelé », conclue Norris.

Sources

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