« La sonde Juno transmet des images et des données étonnantes sur Jupiter »

Des chercheurs de la mission Juno, autour de Jupiter, ont levé le voile sur les premiers résultats basés sur les quatre orbites accomplis en 300 jours. Ce qui a été observé et mesuré les a plutôt déroutés : la planète géante n’est pas aussi uniforme qu’ils le pensaient. Parallèlement à ces données, les images prises par la sonde nous régalent.

  • Une partie des premiers résultats de la mission Juno ont été présentés à Vienne, à l’occasion de l’European Geosciences Union.
  • Jupiter apparaît comme une planète moins uniforme que prévu.
  • Son noyau pourrait ne pas être totalement solide et son puissant champ magnétique avoir une origine dans les couches supérieures.
  • Ces recherches ne sont encore que préliminaires. La sonde doit encore réaliser 29 orbites.

Ces dernières semaines, nous avons beaucoup parlé des plongeons inédits de la sonde Cassini entre Saturne et ses anneaux, une série de passages qui sont réalisés dans le cadre du dernier volet de sa mission, le « Grand Final ». Mais il ne faut pas oublier, quasiment deux fois plus près de nous, à quelque 650 millions de km, la sonde Juno qui, régulièrement, passe au plus près de la planète géante.

Voilà 300 jours que ce vaisseau de la Nasa tourne autour de Jupiter, ce qui lui a laissé le temps de boucler quatre orbites, sur 33. Lors de chacune d’elles, qui lui prennent actuellement 53 jours terrestres, la sonde a pu effectuer des survols rapprochés de la haute atmosphère et l’observer durant six heures. Les images prises avec la Junocam sont, comme promis et comme vous pouvez vous le constater, magnifiques, la géante gazeuse nous dévoilant son visage avec un niveau de détails sans équivalent.

Quant aux données collectées jusqu’ici par les instruments, elles n’ont pas manqué d’étonner les chercheurs qui travaillent dessus. Plusieurs d’entre eux ont fait le déplacement jusqu’à Vienne, entre le 23 et le 28 avril, pour offrir un premier aperçu des résultats à l’assemblée annuelle de l’European Geosciences Union.

La lune volcanique Io projette son ombre sur la Grande tache rouge de Jupiter.

Un monde plus complexe que prévu

« Tout l’intérieur de Jupiter fonctionne différemment de nos modèles » témoigne le directeur scientifique de la mission, Scott Bolton du Southwest Research Institute (SwRI). Beaucoup de surprises, donc, et ce n’est qu’un début. La plus grosse planète du Système solaire, qui fut, par ailleurs, la première à se former il y a près de 4,6 milliards d’années, a encore beaucoup de choses à nous dire.

L’une des découvertes dont ils ont rendu compte concerne l’ammoniac. Ce gaz est présent partout dans la haute atmosphère mais les relevés de Juno ont révélé qu’un nuage plus dense ceinture l’équateur de la planète tandis que dans d’autres régions, les quantités sont bien moindres. D’après les chercheurs, cette hétérogénéité suggère l’existence d’un système météorologique dont le moteur est justement l’ammoniac. « Nous savions qu’il y a un pic à l’équateur, a expliqué Leigh Fletcher (université de Leicester). Mais les nouvelles mesures dans les micro-ondes montrent qu’il plonge vers les abîmes à 300 kilomètres sous le nuage ». Il pourrait donc y avoir un processus météorologique qui s’enfonce et agit plus profondément que prévu.

En outre, les premières données de la sonde laissent entrevoir une structure interne différente de celle, plutôt uniforme, jusqu’ici proposée par les modèles. Tout semble plus complexe. Pour le chercheur, les irrégularités observées trahissent un noyau (sa taille est estimée à 70.000 km) aux contours qui ne seraient pas solides mais mélangés à la couche supérieure, supposée d’hydrogène métallique.

Une grande tempête dans la partie droite, aux latitudes moyennes, se frotte à une zone dominée par d’autres conditions atmosphériques.

Une planète très tourmentée

Des irrégularités, l’équipe en a vu aussi dans le domaine du champ magnétique, plus puissant que prévu. Une complexité déroutante qu’ils interprètent comme une dynamo à l’œuvre dans des couches moins profondes, peut-être celle, supposée, d’hydrogène métallique, et non au niveau du noyau. « Le champ magnétique de Jupiter est spatialement complexe et il y a des déficits allant jusqu’à 2 gauss ailleurs, a indiqué Jack Connerney, qui travaille pour le Goddard Space Flight Center de la Nasa. Nous pourrions avoir besoin de beaucoup plus d’orbites pour résoudre ce problème. »

Jupiter est un monde très tourmenté, où les cyclones en mouvement dessinent des motifs fascinants. Certains de ces tourbillons ont la taille de la Terre. Glenn Orton a présenté plusieurs vidéos les montrant avec des détails fins, mais ces images n’ont pas encore été diffusées. Les ovales blancs au niveau des bandes équatoriales australes, peut-être constituées d’un mélange d’ammoniac et d’hydrazine, y figurent aussi.

Enfin, les aurores jupitériennes étaient également à l’honneur. Des images infrarouges ont pu régaler les spécialistes. Grâce à Juno, les chercheurs ont appris qu’elles prennent naissance, aux pôles, dans les régions riches en méthane et d’un ion contenant trois atomes d’hydrogène (H3+) et où la température se situe entre 500 et 950 kelvins. Là aussi, on attend avec impatience les vidéos qui ont été réalisées.

Junon, qui avait fait le vœu de voir à travers les nuages de son époux, Jupiter, devrait parvenir à ses fins. Ou presque.

  • Les images de cet article ont été traitées par différents contributeurs citoyens. Explorez la galerie ici.

Sources

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