« La vie sur Terre il y a 3,95 milliards d’années ? Rien n’est sûr »

Une équipe japonaise prétend avoir retrouvé dans des roches canadiennes les plus anciennes traces de vie connues.La première forme de vie serait apparue sur Terre il y a au moins 3,95 milliards d’années, affirme une équipe de scientifiques travaillant dans des laboratoires japonais, dans une publication parue dans la revue Nature. Soit plus de 100 millions d’années plus tôt que ce que prétendent d’autres équipes concurrentes, qui ont analysé des roches très anciennes en bordure du Groenland, et ont fait des annonces comparables en 2016 et 2017, toujours dans Nature. Une apparition aussi précoce de la vie, quelques centaines de millions d’années après la formation de la Terre il y a 4,56 milliards d’années, serait une grosse surprise si elle était confirmée. Car à cette époque le système solaire était encore soumis à un intense bombardement de météorites et de comètes.

L’une des grandes nouveautés, c’est que les chercheurs japonais ont changé de terrain de chasse. Ils ont laissé le Groenland de côté et ont cette fois travaillé sur les plus vieilles roches d’origine sédimentaire dans le nord du Labrador, au Canada, dans un massif appelé Saglek Block. Avec un avantage, les roches y sont plus abondantes, et permettent plus facilement de faire des analyses chimiques. Ils affirment y avoir trouvé du carbone, du graphite, pour être précis, qui porte selon eux la signature isotopique du vivant, avec un rapport caractéristique entre le carbone 13 et le carbone 12. «Les réactions chimiques du vivant consomment plus facilement le carbone 12 que le carbone 13, explique Kevin Lepot, maître de conférences au Laboratoire d’Océanologie et de Géosciences (CNRS/ Université Lille 1). Ce qui fait que les matériaux d’origine biologique sont enrichis en carbone 12.»

Et c’est là le principal argument de l’équipe japonaise, qui n’a malheureusement pas retrouvé de forme des organismes primitifs, des microorganismes fossiles dans les roches. Une absence pas forcément rédhibitoire, car les roches en question sont appelées métamorphiques: elles se sont formées au début comme des sédiments, par accumulation en couches successives, mais en raison de leur très grand âge, elles ont ensuite plongé dans les profondeurs de la croûte terrestre, à forte pression et haute température, les soumettant à des modifications parfois très profondes de leur morphologie et de leur composition.

Mais, depuis une vingtaine d’années, les géologues spécialistes des plus anciennes traces de vie savent que des processus non biologiques, comme des réactions dites de Fischer-Tropsch, peuvent aussi produire du carbone avec la même signature isotopique que le vivant. «On a eu la même controverse il y a 20 ans, et ça recommence, commente Pascal Philippot, de l’Institut de physique du globe à Paris, peu convaincu par ces travaux japonais. Des processus non biologiques peuvent produire ces rapports isotopiques du carbone, sans compter qu’il y a pu y avoir des contaminations bactériennes sur des roches d’affleurement proches.» En l’absence de nouvelles preuves trouvées dans ces roches canadiennes, le débat risque d’être encore très vifs ces prochaines années entre les scientifiques recherchant l’origine de la vie sur Terre.

Sources

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