« Quand on dit qu’on sera sur Mars d’ici 2024, ça me fait plutôt rire »

Ancien spationaute ayant volé à la fois sur Mir et l’ISS, Léopold Eyharts est désormais chargé des activités d’après vol à l’Agence spatiale européenne. Voici son point de vue sur les réalités du vol habité d’aujourd’hui et de demain. 

Elon Musk promet d’envoyer des humains sur Mars vers 2024. Y croyez-vous ?

Non. Les Américains font preuve de beaucoup trop d’optimisme sur ce sujet. L’administration Bush l’envisageait déjà dans son programme Constellation, mais celui-ci a été abandonné par le président Obama car trop coûteux.

En outre, aller sur Mars est aujourd’hui techniquement impossible : au-delà de l’orbite basse, les hommes sont exposés à des radiations. On n’en connait pas bien les effets, mais les calculs montrent que l’espérance de vie des astronautes exposés à ces radiations ne dépasserait pas quelques mois.

De plus le matériel s’use vite dans l’espace et une mission sur Mars durerait 3 ans. Sans aucun ravitaillement. Il faudrait donc prévoir énormément de pièces de rechange, ce qui augmenterait la masse du vaisseau à lancer. Sans compter que même les pièces de rechange qui ne seront pas utilisées pourront être endommagées à cause des radiations.

L’ISS vole depuis 20 ans bientôt, mais elle est réparée et ravitaillée en permanence, alors même qu’elle n’est qu’à 400 km de la Terre. Sur la station, si on a un problème médical on peut faire revenir les gens en quelques heures. S’il y a un problème de santé durant une mission martienne – ce qui est fortement probable à cause des radiations -, on ne pourra rien faire.

Donc quand on dit qu’on sera sur Mars d’ici 10 ou 15 ans, ça me fait plutôt rire. Il faut voir ça comme un objectif lointain qui permet de développer la technologie, les opérations, les moyens humains.

Sources

Publicités