« La vie s’est-elle développée sur Encelade ? »

Une vie extraterrestre peut-elle prospérer dans les profondeurs d’Encelade ? Possible. Une récente étude s’appuyant sur les données de Cassini suggère en effet que l’océan global caché sous la coquille glacée de la lune pourrait être continuellement chauffé depuis des milliards d’années. Suffisamment longtemps pour qu’une vie microbienne puisse voir le jour.

Nous savons grâce à Cassini que des jets de vapeur émanent des profondeurs d’Encelade, la lune de Saturne. Des panaches d’eau et de molécules organiques ont en effet été repérés périodiquement, suggérant la présence d’un océan intérieur. Les chercheurs soupçonnent même la présence d’un océan chauffé par une activité hydrothermale située près de la limite noyau-manteau. Et selon une nouvelle étude basée sur les données de Cassini, obtenues juste avant de plonger dans l’atmosphère de Saturne le 15 septembre, cette activité pourrait avoir duré quelque temps. Plus précisément, si le noyau de la Lune est suffisamment poreux, il aurait pu générer suffisamment de chaleur pour maintenir un océan intérieur pendant des milliards d’années. Une excellente nouvelle pour le vivant. Les détails de cette étude, menée par Gaël Choblet, chercheur au Laboratoire Planétaire et Géodynamique de l’Université de Nantes, ont été publiés dans la revue Nature Astronomy.

Encelade est une lune relativement petite, mesurant environ 500 kilomètres de diamètre. Basé sur des mesures de gravité effectuées par Cassini, son océan intérieur est censé se trouver sous une surface extérieure glacée à des profondeurs de 20 à 25 kilomètres. Cependant, cette glace de surface s’amincit à environ 1 à 5 kilomètres au-dessus de la région polaire sud, où les jets d’eau et de particules de glace jaillissent à travers des fissures. Sur la base de la façon dont Encelade orbite autour de Saturne (une légère oscillation est observée), les chercheurs ont pu estimer la profondeur de cet océan : entre 26 et 31 kilomètres. Le tout entourant un noyau que l’on croit être composé de minéraux de silicate et de métal, mais qui pourrait être également poreux. Si tel est le cas, alors Encelade était déjà « active » il y a plusieurs milliards d’années, et pourrait encore l’être aujourd’hui.

Pendant des années, les chercheurs pensaient que les forces de marée causées par l’influence gravitationnelle de Saturne étaient responsables du « chauffage interne » d’Encelade. La façon dont Saturne malmène sa lune en suivant un chemin elliptique autour de la planète est également considérée comme la cause de la déformation de la coquille glacée d’Encelade, causant les fissures autour de la région sud. Cependant, l’énergie produite par la friction des marées dans la glace est trop faible pour contrebalancer la perte de chaleur de son océan. Au rythme où l’océan d’Encelade perd de l’énergie, toute la lune gèlerait en l’espace de 30 millions d’années. Il y a donc autre chose qui « chauffe » en continu l’océan interne d’Encelade.

En effectuant des simulations informatiques, afin de déterminer quelles conditions pourraient permettre ce réchauffement sur des milliards d’années, le Dr Choblet et son équipe ont découvert que, pour que les observations de Cassini soient confirmées, le noyau d’Encelade devrait être fait de roche poreuse non consolidée, facilement déformable. Ce noyau pourrait être facilement pénétré par de l’eau liquide, qui s’infiltrerait dans le noyau et se réchaufferait graduellement à travers la friction des marées entre les fragments de roches coulissantes. Une fois que cette eau est suffisamment chauffée, elle remonte en raison des différences de température avec son environnement. Ce processus transfère finalement la chaleur vers le haut, faisant partiellement fondre la coquille glacée d’Encelade. D’où les fissures observées, d’où émanent les panaches.

En d’autres termes, le cœur d’Encelade pourrait produire le « chauffage » nécessaire pour maintenir un océan global assez chaud et produire les panaches observés. Ce processus pourrait d’ailleurs être en cours depuis plusieurs milliards d’années. Une information à mettre au crédit d’une possible habitabilité. La vie met en effet du temps à se mettre en place. Sur Terre, on estime que les premiers micro-organismes sont apparus après 500 millions d’années, et l’on pense que les sources hydrothermales ont joué un rôle clé dans ce processus. Il a fallu encore 2,5 milliards d’années pour que la première vie multicellulaire évolue. Les plantes et les animaux terrestres, eux, n’existent que depuis 500 millions d’années.

Sources

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