« Encelade fascine la communauté scientifique »

Alors que de nouvelles missions et initiatives se profilent pour retourner étudier ce satellite de Saturne, des astronomes français expliquent comment son océan souterrain se serait formé et pourquoi il pourrait abriter la vie depuis plusieurs milliards d’années…

Encelade, sixième satellite de Saturne par sa taille, qui ne mesure que 500 kilomètres de diamètre, est au centre de toutes les attentions. Au cours de sa mission qui s’est achevée en septembre 2017, la sonde américaine Cassini a en effet découvert qu’elle abritait un océan d’eau liquide sous une épaisse couche de glace de 20 à 25 kilomètres d’épaisseur, des geysers expulsant de la vapeur d’eau, des grains de glace, des sels, des molécules organiques et des particules de silice au niveau du pôle Sud où la croûte ne mesure que quelques kilomètres. De l’eau liquide, une source d’énergie et des molécules organiques… Les conditions semblent donc favorables au développement de la vie !

Une nouvelle mission de la Nasa commence ainsi à prendre forme, et le 2 novembre, la Nasa a présenté l’instrument (baptisé « Selfi », acronyme de Submillimeter Enceladus Life Fundamentals Instrument) qui tentera de détecter d’éventuelles traces de vie en analysant encore plus précisément la composition chimique des panaches d’eau expulsés dans l’espace. Or une initiative privée pourrait très bien coiffer au poteau la Nasa ! « Nous avons créé un groupe de travail autour cette idée », a déclaré en effet le milliardaire russe Iouri Milner lors du forum « A New Space Age » organisé le 9 novembre à Seattle (Etats-Unis) par The Economist. « Pouvons-nous concevoir une mission à bas coût, financée par des fonds privés, qui serait organisée relativement vite et pourrait étudier minutieusement ces panaches et tenter de savoir ce qu’il se passe là-bas, et ce avant la mission beaucoup plus onéreuse que la Nasa considère actuellement mais qui pourrait prendre 10 ans avant d’être lancée ? »

Comprendre le mécanisme à l’origine de son océan subglaciaire

Entre-temps, une étude pilotée par le Laboratoire de planétologie et géodynamique de Nantes a fourni des résultats importants sur le mécanisme à l’origine de cet océan subglaciaire et de la centaine de geysers observés au niveau du pôle Sud. Comment expliquer, en effet, qu’Encelade possède une telle activité hydrothermale alors que la température à sa surface atteint -200°C, et qu’un autre satellite Saturne, Mimas, qui n’est pourtant pas très éloigné et possède à peu près la même taille, semble, pour sa part, totalement inactif et gelé ? Ni la désintégration d’éléments radioactifs dans le noyau d’Encelade, ni les « effets de marées » issus de la force gravitationnelle de Saturne, ne produisent suffisamment d’énergie. Selon les chercheurs nantais, la clé du mystère réside dans l’intérieur le plus profond d’Encelade.

« Une structure poreuse contenant entre 20 et 30% d’espaces vides »

Leurs calculs et simulations numériques indiquent en effet que l’ensemble des caractéristiques connues de cette lune peuvent s’expliquer si ce noyau possède une structure poreuse contenant entre 20 et 30% d’espaces vides. L’eau fraîche de l’océan interne plongerait au sein du noyau et se réchaufferait graduellement en circulant à travers les grains de roche malaxés par les marées. « L’eau réchauffée finit par remonter quand elle devient plus chaude que les régions environnantes, précise ainsi un communiquéCe phénomène transfère la chaleur produite en profondeur vers la base de l’océan, sous la forme d’étroits courants chauds ascendants. En débouchant sur l’océan froid, ces courants créent des points chauds sur le plancher océanique. »

Ces sources hydrothermales et la déformation cyclique d’un tel noyau produiraient jusqu’à 30 gigawatts de chaleur. Elles expliqueraient l’existence d’un océan global engendré par le transport de la chaleur depuis l’intérieur profond vers la couche de glace ainsi que la concentration de l’activité dans une zone relativement étroite au niveau du pôle sud. Et selon les chercheurs, le phénomène pourrait perdurer pendant des dizaines de millions voire des milliards d’années, ce qui accroît encore le statut de monde potentiellement habitable pour cette lune lointaine. « Des missions futures capables d’analyser les molécules organiques émises dans les jets d’Encelade avec une précision plus grande que celle atteinte par la mission Cassini, pourraient nous permettre de conclure si de telles sources hydrothermales ont favorisé l’émergence de la vie », indique ainsi Nicolas Altobelli, un des anciens responsables scientifiques de la mission Cassini.

Sources

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s