« Projet Genesis ou comment semer la vie dans la galaxie »

La découverte de milliers d’exoplanètes au cours de ces dix dernières années nous pousse inévitablement à imaginer la vie ailleurs dans l’Univers. De là est né le projet Genesis pour ensemencer l’Univers.

De ces interrogations sur d’éventuelles vies extraterrestres découlent des projets : du projet Blue, qui vise à observer directement toutes les planètes en orbite autour d’Alpha Centauri, au Breakthrough Starshot, qui vise à envoyer un nanovaisseau boosté par laser, toujours vers Alpha Centauri, en seulement 20 ans. Mais un projet va encore plus loin : le projet Genesis, qui vise non pas à observer, mais à développer la vie ailleurs dans l’Univers, en disséminant sur d’autres planètes les blocs constructifs du vivant.

Cette idée nous vient du Dr Claudius Gros, physicien théoricien à l’Université Goethe de Francfort, en Allemagne. Le chercheur publiait en 2016 un article décrivant comment des missions robotiques équipées d’usines de gènes (ou gousses cryogéniques) pourraient être utilisées pour distribuer la vie microbienne sur des « exoplanètes transitoires habitables » — des planètes capables de soutenir la vie, mais peu susceptibles de la développer. Le but est ici d’offrir à la vie terrestre des voies alternatives d’évolution sur des exoplanètes potentiellement habitables, mais sans vie. « Si vous avez de bonnes conditions, la vie simple peut se développer très rapidement, mais la vie complexe aura du mal », explique le chercheur interrogé par Universe Today. « Au moins sur Terre, il a fallu très longtemps pour que la vie complexe se développe. L’explosion cambrienne s’est produite il y a environ 500 millions d’années, environ 4 milliards d’années après la formation de la Terre. Si nous donnons aux planètes l’opportunité d’accélérer l’évolution, nous pouvons leur donner la chance d’avoir leurs propres explosions cambriennes ».

Quels mondes seraient alors ciblés ?

« Les premiers candidats sont des “planètes d’oxygène” habitables autour d’étoiles naines M comme TRAPPIST-1 », répond le chercheur. « Il est très probable que l’atmosphère primordiale riche en oxygène de ces planètes ait empêché l’abiogenèse en premier lieu, c’est-à-dire la formation de la vie. Notre galaxie pourrait potentiellement héberger des milliards de planètes d’oxygène habitables mais sans vie ». Imaginons alors des planètes susceptibles de supporter la vie. Quel genre d’organismes serait envoyé ? En premier lieu, « des bactéries photo-synthétisantes, comme les cyanobactéries et les eucaryotes (le type cellulaire constituant toute la vie complexe, c’est-à-dire les animaux et les plantes) », répond le chercheur. « Les hétérotrophes, ces organismes qui se nourrissent d’autres organismes qui ne peuvent exister qu’après l’existence d’autotrophes, viendraient dans second temps ».

Comment ces organismes seraient-ils envoyés ?

« Cela dépend de la technologie. Nous pourrions miniaturiser une usine de gènes. En principe, la nature est une usine de gènes miniature. Tout ce que nous voulons produire est très petit. Si c’est possible, ce serait la meilleure option ». Il suffirait alors de sélectionner l’organisme le plus optimal pour envoyer le « colis ». « Vous pouvez également envoyer une vie synthétique », poursuit le chercheur. « La biologie synthétique est un domaine de recherche très actif, qui implique la reprogrammation du code génétique. En science-fiction, vous avez une vie extraterrestre avec un code génétique différent. Aujourd’hui, les gens essaient de produire ceci ici sur Terre. L’objectif final est d’avoir de nouvelles formes de vie basées sur un code différent. Ce serait très dangereux sur Terre, mais sur une planète lointaine, ce serait bénéfique ».

Ainsi, reste à savoir si l’humanité pourrait, ou non, un jour bénéficier de ces planètes « ensemencées ». Il y bien sûr des contre-arguments à un tel projet. Le premier est religieux, arguant le fait que l’humanité ne devrait pas « jouer à Dieu ». Le second est l’argument de la protection planétaire, qui soutient que nous ne devrions pas interférer avec le rythme d’une autre planète. Le troisième et dernier argument concerne le manque de bénéfice pour l’humanité. Le projet Genesis est expressément non bénéfique pour l’humain. Il est raisonnable de soutenir, du point de vue de la survie, que les valeurs éthiques d’une espèce (comme l’humanité) doivent mettre le bien de l’espèce au centre. Dépenser une grande somme d’argent pour un projet qui n’est pas expressément bénéfique pour notre propre espèce serait alors contraire à l’éthique.

Sources

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