« La Terre est plate…L’Homme n’a jamais été sur la Lune…Le dérèglement climatique est normal »

La Terre serait plate, l’homme ne serait pas responsable du dérèglement climatique, les Américains ne seraient jamais allés sur la Lune… En science aussi, les fausses nouvelles ont la vie dure. Scientifiques et journalistes spécialisés s’interrogent sur les moyens de lutter contre la désinformation.

Dans le domaine du climat, « on doit faire face à une volonté délibérée de manipuler l’opinion publique, les décideurs », estime la climatologue Valérie Masson-Delmotte, invitée récemment d’un colloque organisé à Paris par plusieurs sociétés savantes et l’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI).

Ceux que ce membre du groupe d’experts sur le climat de l’ONU (Giec) appelle les « marchands de doute » cherchent essentiellement, selon elle, à limiter la régulation environnementale.

Mais les motivations des pourvoyeurs de « fake news » ne sont pas qu’économiques, elles peuvent être religieuses, idéologiques ou parfois plus personnelles comme un besoin de notoriété. Ce qui entraîne la persistance, notamment sur internet, de théories scientifiquement invalidées, parfois encore prises pour argent comptant par le grand public.

Pour le journaliste spécialisé Nicolas Chevassus-au-Louis, les fausses informations, qu’elles soient de nature scientifique ou pas, « procèdent d’une même rhétorique ». « Tout commence par semer le doute. La méthode la plus au point consiste à mettre en cause les supposées incohérences de la version officielle, s’attacher à un minuscule détail et en faire des tonnes », détaille-t-il. Le fameux: « Tu ne trouves pas ça bizarre toi que l’Antarctique ne semble pas fondre ? »

Suit ensuite la mise en place de « versions alternatives » comme le fait que le dérèglement climatique pourrait être lié à l’activité solaire (et non à l’homme, comme les scientifiques l’ont établi).

Il ne leur reste plus ensuite, selon ce journaliste, qu’à convaincre que leur « version alternative » est la vraie, avec des témoignages de personnalités et des publications dans des revues dont la présentation prend l’apparence de celle de la science (appelées les « revues prédatrices »).

Articles accrocheurs

La désinformation scientifique est de plus facilitée par une certaine confusion dans le grand public entre une démarche scientifique, produite sur la base d’une analyse exhaustive, rigoureuse et vérifiable, et une opinion.

« Nous avons tous une responsabilité, l’éducation, les médias, les chercheurs et les organismes de recherche sur le fait de ne pas réussir à enseigner cette différence », explique Valérie Masson-Delmotte.

« En 2017, 33% des articles de presse anglophone sur le climat les plus populaires sur internet contenaient des informations fausses », assure le climatologue Emmanuel Vincent.

Pour le créateur du site climatefeedback.org, qui permet aux scientifiques de donner leur avis sur la crédibilité d’articles de presse, il est devenu important pour les journalistes d' »apparaître sur Google ou Facebook » et donc de fournir des articles « plus accrocheurs qu’avant ».

Ce que Valérie Masson-Delmotte appelle « la tentation du +Paris Match de la science+ » qui parfois génère des informations en décalage avec le contenu du travail scientifique.

De plus, vu l’immense masse des publications scientifiques, peu parviennent jusqu’au grand public. « Ce biais de communication peut donner une vision très parcellaire », explique-t-elle, comparant le climat à un tableau impressionniste dont le public ne verrait que quelques touches de couleurs.

Elle pointe également du doigt le décalage entre le temps de la production de connaissances scientifiques et le temps de l’actualité.

Ainsi, en septembre, quand des ouragans ont touché l’Atlantique, les médias ont cherché à savoir si ces phénomènes extrêmes étaient liés au changement climatique. Une réponse impossible à donner sur le moment mais depuis, plusieurs études sont parues.

Or « ces résultats scientifiques quelques mois après l’évènement n’ont eu qu’une place très limitée dans les médias », regrette Valérie Masson-Delmotte.

Des impératifs auxquels s’ajoute la vraie difficulté pour les médias généralistes de relayer, dans l’urgence, des résultats de recherches souvent très complexes en trouvant un expert pertinent.

Certains chercheurs suivent d’ailleurs maintenant des cours de « media training » pour s’exprimer de façon plus simple et ainsi réussir à mieux partager le fruit de leur travail.

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