« Les futurs équipages pour Mars auront besoin de médiateurs »

Une mission vers Mars, c’est long. Et sur place, pas moyen de revenir. Ou alors ce sera très compliqué. Dans des espaces aussi confinés, coupés de la Terre, la cohésion des futurs équipages sera primordiale pour assurer l’efficacité des tâches effectuées. Et pour cela, il y aura besoin de médiateurs.

De nombreux défis à surmonter

La NASA et d’autres agences spatiales ambitionnent de poser le pied sur Mars avant 2040. Pour ce faire, de nombreux défis techniques et sanitaires vont devoir être surmontés. Outre le fait d’assurer un voyage vers la planète rouge et un atterrissage en toute sécurité, nous devons encore évaluer la réponse de notre corps à cet environnement hostile. Nous sommes en effet le fruit de millions d’années d’évolution terrestre. Nous avons été façonnés par la pression, l’atmosphère, les températures, la gravité terrestre. Évaluer la manière dont notre organisme pourrait réagir sur un monde aussi différent du nôtre est l’un des principaux enjeux d’une mission à long terme sur Mars.

Mais n’oublions pas les enjeux psychologiques, moins évoqués. Une mission sur Mars, c’est long. Ne serait-ce que le voyage, qui prend entre 6 et 8 mois. Les astronautes à bord devront alors faire face à des retards constants de communication pouvant aller jusqu’à 20 minutes dans chaque sens. Ce qui veut dire qu’en cas d’urgence, l’équipage devra se débrouiller seul. Et le simple fait de se sentir isolé peut avoir des conséquences sur la psyché humaine.

Une étude menée par la NASA sur les astronautes à bord de l’ISS avait en effet rapporté qu’un simple retard de 50 secondes sur les transmissions avec la Terre avait érodé le bien-être des astronautes. Ces derniers paraissaient frustrés, et cet inconfort se répercutait sur l’efficacité des tâches. Il n’y a ici qu’un retard de 50 secondes, et les astronautes évoluaient dans une station positionnée à quelques dizaines de kilomètres d’altitude. Imaginez alors un retard de 40 minutes (aller-retour d’une transmission), à plusieurs millions de kilomètres de chez vous.

Des personnes qui rassemblent

La cohésion du groupe est donc primordiale si vous voulez mener à bien la mission. Et la NASA en a bien évidemment conscience. En ce sens, l’agence travaille actuellement en collaboration avec Jeffrey Johnson, anthropologue à l’Université de Floride. L’idée : évaluer le besoin d’intégrer dans les futurs équipages plusieurs personnes ayant un rôle plus informel. Des personnalités capables de réunir les équipes dans des situations stressantes.

« Ce sont des gens qui ont la capacité de rassembler tout le monde, de combler les lacunes lorsque des tensions apparaissent et de vraiment remonter le moral, explique Jeffrey Johnson. Lorsque vous vivez avec d’autres personnes dans un espace confiné pendant une longue période, par exemple lors d’une mission sur Mars, les esprits risquent de s’effriter. Il est essentiel que vous ayez quelqu’un qui puisse aider tout le monde à s’entendre, afin qu’ils puissent faire leur travail, et aller et venir en toute sécurité, dit-il. C’est une mission essentielle. »

Jeffrey Johnson s’appuie sur son expérience. Le chercheur a déjà passé quatre ans à étudier les comportements de plusieurs équipes hivernales basées en Antarctique. Il avait alors identifié l’importance de ces « artisans de la paix » et conseillers, capables de souder les équipes au moment où elles en ont le plus besoin. Concernant Mars, l’idée serait ici d’étudier la réponse de futurs astronautes évoluant de 30 à 60 jours dans un habitat confiné imitant les conditions retrouvées sur la planète rouge. Vous retrouverez le Human Exploration Research Analog, ou Hera, à Houston, au Texas.

Nous voulons maintenant voir si ces types de dynamique de rôle informels fonctionnent de manière similaire dans des environnements simulés dans l’espace, poursuit l’anthropologue. Et nos premiers résultats suggèrent que c’est effectivement le cas ».

Bien sûr, être capable d’apaiser les tensions de manière naturelle ne suffira pas à vous faire embaucher par la NASA. « Être drôle ne sera pas suffisant pour se faire embaucher à ce poste, note en effet le chercheur. Il leur faudra également être d’excellents scientifiques et ingénieurs, et être en mesure de réussir un programme de formation rigoureux ».

Sources

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