« Les opioïdes déciment les Américains et touchent désormais la France »

Plusieurs rapports et enquêtes font état des dégâts colossaux des opioïdes aux États-Unis. Envoyé Spécial, magazine de France 2, a d’ailleurs consacré une émission à ce sujet. Cependant, nous devons également tirer la sonnette d’alarme dans l’hexagone, car plus de 10 millions de ces antidouleurs ont été prescrits en 2015… Les répercutions sont donc également très lourdes en France selon un rapport de l’Agence du médicament paru mercredi.

Quelle est l’évolution de la situation de ces dernières années ?

Si la situation est encore loin de ce que vivent les États-Unis (près de 200 décès sont liées à une overdose d’opioïdes par jour) et le Canada, il ne faut pas prendre ce qui se passe en France trop légèrement. D’après le rapport de l’Agence du médicament publié le 20 février dernier, on peut noter une hausse des hospitalisations liées à cette consommation d’opioïdes de plus de 167 %  de 2000 à 2017.

Ce n’est pas tout, car le nombre de décès a également bondi en flèche avec une hausse de +146 %. Dans les faits, ce sont au moins quatre décès par semaine qui seraient liés à ces médicaments. Plus parlant encore, pour un million d’habitants, ce sont 40 hospitalisations contre 15 il y a encore 17 ans. Des chiffres qui font froids dans le dos et qui pourtant, sont loin des standards américains navrants.

Qu’est-ce que les Opioïdes ?

Comme vous pouvez le savoir, les opioïdes sont des médicaments qui présentent des propriétés identiques à l’opium. Quand on parle de ceux-ci, on peut rapidement citer le tramadol, la codéine ou tous les médicaments contenant de la poudre d’opium (Lamaline par exemple). Peut-être que vous en avez déjà ingéré, et on les catégorise médicalement comme des opioïdes faibles.

D’autres, plus costauds, sont les opioïdes forts. Ce sont le fentanyl et l’oxycodone. Ils sont notamment plus dangereux et des risques sont fortement présents. Malheureusement, entre 2006 et 2017, leur prescription a explosé. C’est ainsi qu’une hausse de plus de 150 % des demandes a eu lieu en un peu plus de 10 ans.

Parmi les victimes principales de cette véritable dépendance, les femmes de plus de 60 ans sont les plus touchées. Viennent ensuite les hommes âgés de 40, 50 et 60 ans, pourtant sans antécédent de prise de drogue. Que ce soit des légers ou des forts, ces anti-douleurs concernent une grande partie des Français. Ces analgésiques sont très consommés, notamment le tramadol, la codéine et la morphine. Près de 20 millions de Français souffrent de “douleurs chroniques” rebelles au traitement analgésiques conventionnels…

Véritable accroissement de la dépendance, ou meilleure prise en charge des douleurs ?

Nathalie Richard, directrice adjointe des médicaments antalgiques et stupéfiants à l’ANSM estime que cette hausse drastique n’est pas forcément liée à une plus grosse consommation, ou un phénomène de dépendance exacerbée. Ce serait, pour elle, davantage liée à une meilleure compréhension et prise en charge de la douleur des gens.

Malgré tout, elle déplore tout de même la dépendance assez systématique des personnes à qui l’on a prescrit, initialement, ces anti-douleurs. Ils finissent régulièrement en hôpital pour mettre un terme à cette addiction.

Alors pour résoudre ces problèmes de spirale addictive, il faudrait une meilleure sécurisation de leur utilisation. C’est là la clef de ce succès, que les chercheurs souhaitent mettre en place. Les patients qui nécessitent le plus ces produits doivent avoir un accès garanti, mais il faut mieux contrôler ceux qui sont sur la dérive. Par exemple, les opioïdes forts nécessitent une ordonnance sécurisée. Aujourd’hui, il y a bien plus d’overdoses chez les patients avec des douleurs chroniques que chez les consommateurs de drogues…

Sources

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