L’anomalie froide qui se développe au sud du Groenland à cause de la fonte des glaces polaires est prévue s’accentuer au cours des prochaines décennies. Or, plus cette structure est prononcée, plus elle perturbe le courant-jet atlantique. C’est ce qu’indiquent et détaillent les résultats obtenus par une équipe de chercheurs de l’Université Columbia aux États-Unis. Aussi, considérer ce facteur s’avère crucial pour une meilleure évaluation des changements climatiques futurs.

Alors que dans sa globalité la Terre se réchauffe, quelques rares régions échappent à cette fièvre généralisée. La plus notoire d’entre elles se situe dans le nord de l’Atlantique, au sud du Groenland.

Il ne s’agit pas là d’une surprise. En effet, d’un point de vue qualitatif, les modèles de climat avaient anticipé une telle structure. De plus, la physique sous-jacente est relativement bien comprise. Il s’agit de la signature d’un ralentissement de la circulation océanique dans l’Atlantique. En cause, l’injection croissante d’eau douce dans le gyre sub-polaire suite à la fonte de la banquise arctique et de la calotte groenlandaise.

Tandis que le climat continuera de se réchauffer et les glaces de fondre, l’anomalie froide se démarquera de plus en plus de la variabilité naturelle et de la tendance générale. Dit autrement, elle deviendra plus massive.

Quelles influences sur le courant-jet ?

Dans un papier paru le 22 février dans le Journal of Climate, une équipe de chercheurs a étudié les impacts de cette anomalie sur la circulation atmosphérique. Les résultats apportés par les auteurs soulignent tout l’intérêt de sa prise en compte dans les projections futures.

« Nous avons constaté que cette région de l’océan est un lieu très important pour “forcer” le courant-jet qui traverse l’Atlantique Nord », relate Melissa Gervais, auteure principale.

Le courant-jet et le rail des dépressions qui lui est associé sont fortement influencés par le gradient de température latitudinal. De sorte qu’en introduisant une eau anormalement froide dans le gyre sub-polaire – et anormalement chaude plus au sud -, ce gradient est renforcé. En conséquence, on s’attend à observer une accentuation du jet et des tourbillons dépressionnaires qui l’accompagnent.

Dans les ensembles de simulations effectuées par les chercheurs, c’est effectivement ce qui est constaté. Par ailleurs, les influences les plus prononcées concernent les saisons d’hiver et de printemps, là ou l’anomalie est la plus marquée. « Elle semble allonger le jet et le déplacer légèrement vers le nord »,indique Melissa. Il faut souligner que le continent européen est tout particulièrement exposé à ces changements dynamiques.

L’étude s’est attelée à isoler la contribution de ce seul facteur. Cependant, dans la réalité, c’est la résultante de multiples influences qui déterminera l’évolution du courant-jet au cours des prochaines décennies. « Au lieu de simplement penser à l’influence des tropiques et de l’amplification arctique sur le jet, nous devons également réfléchir à la manière dont ce déficit de réchauffement va agir »,poursuit l’auteure.

Les scientifiques ont estimé que l’amplitude du forçage par ce dernier équivalait à près de la moitié de la réponse atmosphérique totale dans les scénarios de réchauffements globaux. Le moins que l’on puisse dire est que c’est une valeur très significative.

Enfin, rappelons qu’actuellement, des divergences notables existent entre les diverses projections climatiques CMIP-5 au sujet de l’évolution future du jet atlantique – surtout en hiver. De toute évidence, la prise en compte de l’anomalie froide permettrait de réduire ces écarts. Toutefois, on regrettera qu’à ce jour, relativement peu de travaux ont été consacrés à cette thématique.

Sources

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