« Alerte dans les centrales nucléaires françaises »

Framatome a alerté ce mardi l’Autorité de sûreté nucléaire sur des défauts de soudures sur une vingtaine de générateurs équipant les réacteurs.

« Les emmerdes, ça vole en escadrille » aimait à répéter Jacques Chirac. Une formule qui colle parfaitement à la situation que traverse actuellement EDF. Alors qu’Hercule, le projet de scission du groupe fait l’objet d’intenses discussions entre le gouvernement français et la Commission européenne, et que la centrale de Flamanville (Manche) vient d’être placée sous « surveillance renforcée » par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), c’est au tour de Framatome (ex-Areva Nuclear Power) de traverser une zone de fortes turbulences.

La filiale depuis 2018 d’EDF a en effet alerté l’ASN ce mardi sur de nouveaux problèmes de soudure. Non pas sur l’EPR cette fois-ci, mais sur des générateurs de vapeur. Ces très imposants composants (22 m de haut pour 465 t en moyenne) jouent un rôle crucial à l’intérieur des réacteurs nucléaires puisqu’ils transforment l’eau (radioactive) en vapeur. En faisant tourner la turbine, celle-ci permet la production d’électricité.

Les défauts de fabrication concerneraient des composants déjà en service ainsi que du matériel neuf pas encore installé. L’ASN a apporté des précisions en faisant état d’une « vingtaine de générateurs de vapeur potentiellement concernés, fabriqués à partir de 2008 ». Selon nos informations, le générateur de vapeur du réacteur 5 de la centrale de Gravelines (Nord) pourrait être concerné.

« L’alerte a été donnée fin juin par un sous-traitant allemand »

De quoi s’agit-il exactement ? « La taille de ces composants est tellement importante que l’on est obligé de les souder sur place, en trois morceaux, explique une source interne de Framatome, sur le site de Saint-Marcel (Saône-et-Loire) où les générateurs de vapeur incriminés ont été fabriqués. Une fois les soudures effectuées, on applique des sortes de moufles munies de résistances électriques pour porter la température à une plage comprise entre 595 et 620 °C, pour homogénéiser la soudure en quelque sorte. » Ce sont sur ces soudures que des écarts entre les valeurs observées et celles attendues ont été constatés. EDF se veut pourtant rassurant : « Ce sont pour le moment des écarts en émergence », explique la direction.

« L’alerte a été donnée fin juin par Weld Therm, un sous-traitant allemand qui travaillait sur l’amélioration du process, précise-t-on néanmoins à Saint-Marcel. Depuis une « task force » a été constituée pour mener l’enquête. Cela risque néanmoins de prendre du temps, peut-être une année, avant de savoir si les pièces sont exploitables ou non. » Les écarts constatés n’empêcheraient pas l’utilisation de ces pièces sur le marché américain, dont la réglementation est plus souple qu’en France. « C’est tout le problème du nucléaire au niveau mondial, regrette un salarié de Framatome. Les réglementations, et donc les exigences, ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre. Ce qui est dans la norme là-bas ne l’est pas forcément chez nous. D’un côté, cela relève nos niveaux de sûreté, mais de l’autre, cela peut mettre en danger notre compétitivité. »

EDF pourrait être tentée de se tourner vers d’autres fournisseurs

De fait, pour les générateurs de vapeur comme pour d’autres composants, EDF ne se fournit pas uniquement auprès de sa filiale Framatome, comme l’exige d’ailleurs la réglementation européenne. Les Américains de Westinghouse par exemple, ou les Japonais de Mitshubishi Heavy Industries (MHI), font également partie de ses fournisseurs. Or une autre usine de Framatome, celle du Creusot, fait actuellement elle aussi l’objet d’une enquête pour avoir falsifié pendant près d’un demi-siècle des dossiers d’homologation de pièces destinées aux réacteurs nucléaires

.À terme, EDF pourrait donc être tentée de se tourner vers d’autres fournisseurs jugés plus sûrs. Ce qui constituerait pour Framatome, qui connaît déjà une baisse sensible de ses commandes depuis deux ans, une catastrophe industrielle.

Sources

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