Pour la première fois, des chercheurs ont démontré que les incendies en Amazonie induisaient une fonte accélérée des glaciers andins. Un effet lié au transport des fumées vers l’ouest qui assombrissent alors les glaces de la cordillère. Les résultats ont été publiés dans la revue Scientific Reports le 28 novembre dernier. 

Au cours des derniers mois, d’importants feux de forêts ont fait rage en Amazonie. Source d’une inquiétude grandissante à l’échelle internationale, ils concrétisent une saison 2019 particulièrement active. En cause, l’augmentation brutale des cultures sur brûlis dans un contexte de sécheresse chronique. Une situation qui a sans doute durement affecté les glaciers andins, si l’on en croit les dernières recherches.

Incendies : des impacts globaux aux impacts locaux

En libérant d’importantes quantités de dioxyde de carbone (CO2) et de monoxyde de carbone (CO) dans l’atmosphère, la combustion de la biomasse participe au réchauffement global. En outre, la modification du couvert végétal provoque une altération du cycle de l’eau régional. Avec la poursuite de la déforestation et du changement climatique, l’écosystème subit une perturbation largement irréversible.

Par ailleurs, les panaches de fumée qui envahissent parfois le ciel de façon spectaculaire posent des problèmes sanitaires et perturbent l’équilibre thermique local. Parmi les particules qui composent ces voiles sinistres, le carbone suie possède une forte capacité d’absorption du rayonnement solaire. Aussi, il contribue à réchauffer la couche d’air dans laquelle il se trouve. Une influence temporaire qui s’estompe lorsque les fumées se dissipent.

Or, de nouveaux résultats soulignent un effet plus critique et jusqu’à présent négligé. Lorsqu’elles sont déplacées vers l’ouest par les vents dominants, les particules comme le carbone suie se déposent sur les surfaces glacées de la cordillère des Andes et les assombrissent. Par conséquent, la fraction de rayonnement solaire réfléchie vers l’espace est réduite. Résultat : le substrat absorbe plus d’énergie et la fonte s’accélère. Ainsi, les fumées issues des feux de forêts amazoniens contribuent de façon directe au recul des glaciers andins tropicaux.

Accélération de la fonte des glaciers andins 

En soi, l’idée d’une telle connexion n’est pas nouvelle. Cependant, c’est la première fois que ce processus est évalué. Dans leur analyse, les auteurs se sont concentrés sur la saison 2010. Ils ont étudié comment les panaches de fumée ont influencé la fonte cette année-là autour du glacier Zongo en Bolivie. Un secteur représentatif des Andes centrales. En confrontant observations et simulations numériques, il est apparu que les dépôts de carbone suie ont augmenté de 4,5 % l’ampleur de la fusion annuelle.

Ces conclusions revêtent une grande importance. En particulier au vu des nombreuses communautés dépendantes des glaciers pour leurs besoins en eau. À plus forte raison dans un contexte de croissance économique et démographique. Concrètement, ce sont là plusieurs millions de personnes qui sont concernées. Toutefois, pour les raisons évoquées précédemment, ces réservoirs se réduisent inexorablement.

Les climatologues s’attendent à une évolution dramatique en ce qui concerne l’accès à l’eau pour les populations andines occidentales ces prochaines décennies. Et il apparaît que l’effet associé au carbone suie n’est même pas pris en compte dans les projections ! Cela suggère que ces dernières sont trop optimistes. Il conviendra donc d’inclure le mécanisme évoqué dans les exercices de modélisations futurs si l’on tient à mieux cerner l’ampleur du défi qui se présente.

Sources

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