Changement d’époque : 62 ans après le lancement du premier satellite artificiel, le soviétique Spoutnik en octobre 1957, l’Agence spatiale européenne est contrainte de passer une commande du premier enlèvement au monde d’un débris spatial. « Contrainte » est bien le mot qui convient car l’ESA se serait évidemment bien passée de cette dépense, préférant l’investir dans une mission spatiale à visée scientifique.

Parmi les décisions prises lors de la réunion des ministres en charge des questions spatiales des États membres de l’Agence spatiale européenne, réunis à Séville lors de Space19+, celle de recourir à une mission spatiale visant à retirer un débris en orbite marque un tournant dans l’historie de la conquête spatiale et de l’utilisation de l’orbite basse.

La mission ClearSpace-1, dont le lancement est prévu en 2025, aura pour cible l’étage supérieur Vespa (VEga Secondary Payload Adapter), laissé sur une orbite d’environ 800 par 660 km d’altitude après le second vol du lanceur Vega de l’ESA en 2013. Avec une masse de 100 kg, le Vespa a approximativement la taille d’un petit satellite tandis que sa forme, relativement simple, et sa construction robuste en font un premier objectif adapté avant de s’attaquer, lors de missions ultérieures, à la capture d’objets plus grands — tels que que les satellites Envisat et ERS 1&2 et présentant un plus grand défi — et à terme à la capture de plusieurs objets.

ClearSpace-1 sera inséré sur une orbite inférieure à 500 km afin d’être mis en service et de subir des tests critiques avant de rejoindre l’orbite cible pour le rendez-vous et la capture au moyen de quatre bras robotiques, sous la supervision de l’ESA. Ce débris ne va pas être rapporté sur Terre. ClearSpace-1, avec Vesta, va réaliser une rentrée contrôlée dans l’atmosphère terrestre afin de brûler dans l’atmosphère.

Ce consortium, mené par la jeune pousse suisse ClearSpace, dont Muriel Richard-Noca, la responsable du programme avait répondu à nos questions (lire ci-dessous) est une entreprise dérivée et fondée par une équipe expérimentée de chercheurs sur les débris spatiaux. Il est basé à l’Institut de recherche de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, et travaille depuis plusieurs années sur des technologies de systèmes de rendez-vous non coopératif — des senseurs qui reconstruisent la distance de l’objet à attraper, sa position et la reconstruction de sa rotation — ainsi qu’un système de capture.

Naissance d’un nouveau business dans l’espace

Cette décision jette aussi les bases d’une nouvelle économie de l’espace et ouvre également la voie à de nouveaux services commerciaux en orbite. Ils seront essentiels à l’avenir, pour répondre à des besoins déjà identifiés avec, à la clé, d’autres marchés spatiaux à ouvrir : ils auront en commun de partager les technologies nécessaires aux missions de désorbitation active des satellites en fin de vie ou des débris orbitaux. C’est pourquoi cette mission a aussi un intérêt technologique majeur pour l’ESA qui souhaite faire mûrir plusieurs technologies clés nécessaires à ces futurs services en orbite.

Aujourd’hui, des centaines de milliers de débris spatiaux circulent autour de la Terre. Ces débris sont aussi des étages de lanceurs, des satellites de toutes tailles tombés en panne ou bien dont le contrôle a été perdu, et des débris d’explosions. Ils font peser sur les autres satellites ou les activités humaines en orbite basse des risques de collisions grandissant au fil des ans. Aujourd’hui, l’ESA doit gérer chaque mois plusieurs dizaines d’alertes de collision avec des débris spatiaux et récemment, elle a été contrainte de dérouter le satellite Aeolus (septembre 2019) afin d’éviter qu’il entre en collision avec un satellite Starlink de SpaceX.

Sources

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