La fonte des glaces fait monter le niveau des océans. Mais cette masse d’eau additionnelle entraîne aussi un enfoncement du plancher océanique d’environ 0,11 millimètre par an. De quoi atténuer (un peu) l’élévation du niveau de la mer.

La mer monte. Signe indubitable du réchauffement climatique, la montée des eaux menace de faire disparaître des îles et des territoires entiers. La hauteur de l’océan est déterminée par le volume d’eau et par les modifications de la topographie du fond océanique. Jusque dans les années 2000, la variation du niveau de la mer était essentiellement liée à l’expansion thermique : la hausse des températures entraîne une augmentation du volume d’eau mais sans modifier sa masse. Depuis ces dernières années, un autre phénomène a pris le pas sur l’expansion thermique : la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique. Or, contrairement à l’expansion thermique, cette dernière accroît la masse d’eau, ce qui fait peser un poids plus lourd sur le fond océanique.

Montée des eaux : la correction glaciaire isostatique

Ce phénomène, appelé rebond postglaciaire (correction glaciaire isostatique ou GIA), a déjà été observé lors de la dernière déglaciation il y a 20.000 ans. Il entraîne un transfert de charge du continent, qui est libéré du poids de la glace, vers l’océan. Ceci aboutit à une déformation du fond océanique, relativement élastique, qui s’enfonce et s’agrandit. Ce phénomène, bien connu des scientifiques, atténue la hausse des océans (le « contenant » pour le volume d’eau étant plus grand). Mais il était jusqu’ici considéré comme négligeable, car inférieur à la plage d’incertitude sur l’amplitude de l’élévation de l’océan. Ce ne serait plus le cas aujourd’hui, avance une nouvelle étude parue dans Geophysical Research Letters.

Les chercheurs ont calculé que le poids supplémentaire de l’eau avait entraîné un affaissement du plancher océanique se traduisant par une baisse du niveau de la mer de 0,11 millimètre par an pour la période 2005-2015. Pas de quoi compenser l’élévation totale, estimée à 3,1 millimètres par an par une vaste étude de 2018 menée par plus de 60 institutions et équipes de recherche. Celle-ci, qui ne prend pas en compte la GIA, considère l’expansion thermique, la fonte des glaciers, la calotte du Groenland et de l’Antarctique, ces derniers comptant respectivement pour 52 %, 21 %, 15 % et 8 % de l’élévation sur la période 1997-2018. Selon cette étude, la hausse du niveau des océans subirait une accélération de 0,1 millimètre par an ces dernières années. Le Giec prévoit pour sa part une élévation des océans comprise entre 30 centimètres et un mètre d’ici 2100.

Bramha Dutt Vishwakarma, chercheur à l’université de Bristol et principal auteur de l’étude de Geophysical Research Letters, reconnaît que l’affaissement de l’océan n’aura pas un impact significatif sur le niveau des océans. Mais il appelle à inclure la GIA dans les équations pour calculer les futures élévations.

Sources

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