La luminosité de Bételgeuse semble vouloir continuer à diminuer. Mais certains astronomes annoncent qu’elle pourrait bien repartir à la hausse d’ici quelques jours. Si cela ne devait pas être le cas, il faudrait peut-être s’attendre à une explosion prochaine en supernova. Et pour savoir à quel point « prochaine », les astronomes pourraient commencer à surveiller les flux de neutrinos qui nous arrivent de l’espace.

Depuis plusieurs mois maintenant, les astronomes, qu’ils soient amateurs ou professionnels, ont l’œil sur Bételgeuse, cette supergéante rouge qui forme l’épaule droite d’Orion. Parce que son éclat a diminué de manière spectaculaire. Edward Guinan est astronome à l’université de Villanova (États-Unis). Il étudie les étoiles par photométrie depuis 25 ans. Et il témoigne en ligne que Bételgeuse apparaît actuellement moins lumineuse qu’il ne l’a jamais observé.

La magnitude de Bételgeuse serait aujourd’hui comparable à celle de sa « voisine » Bellatrix, qui forme l’autre épaule d’Orion. Elle serait donc de l’ordre de 1,7. Mais à l’œil nu, la comparaison entre les deux étoiles est périlleuse. Car Bételgeuse apparaît rouge-orange alors que Bellatrix semble blanche-bleue. Et en vieillissant, nous voyons le monde à travers une sorte filtre. De quoi continuer à évaluer Bételgeuse comme (bien) plus lumineuse que Bellatrix alors que les mesures objectives prouvent le contraire. Le 10 février 2020, selon des mesures réalisées par l’Association américaine des observateurs d’étoiles variables (AAVSO), la magnitude de Bételgeuse était de 1,65.

Quelque chose d’inhabituel est incontestablement en cours

Si l’AAVSO s’intéresse à Bételgeuse, c’est qu’il s’agit d’une étoile variable connue. Sa luminosité varie selon plusieurs cycles complexes. Mais à en croire Edward Guinan, selon un cycle dominant de 430 jours. De quoi penser que la supergéante rouge pourrait atteindre un minimum de luminosité le 21 février prochain. Une date donnée avec une marge d’erreur de plus ou moins 7 jours. Au-delà, sa luminosité repartirait naturellement à la hausse. Certains annoncent d’ailleurs l’avoir déjà observé. Confirmant cette hypothèse d’une variation de luminosité plutôt classique également privilégiée par Sylvie Vauclair sur Futura, il y a quelques jours. Même si, pour Edward Guinan, le mystère resterait entier, car la luminosité de Bételgeuse, au plus bas de son cycle, ne dépasse en général pas une magnitude de l’ordre de 0,9. « Quelque chose d’inhabituel est incontestablement en cours. »

Peut-être donc bien les prémices d’une explosion imminente en supernova de la supergéante rouge. L’éclat de Bételgeuse pourrait alors rivaliser avec celui de la Pleine Lune. Voire la rendre visible en plein jour.

Des neutrinos comme lanceurs d’alerte

Rappelons que le simple fait de la voir classée dans la catégorie des supergéantes rouges nous indique que le noyau de Bételgeuse a déjà brûlé son hydrogène et même son hélium. Car c’est avec la transition entre la combustion de l’hélium et celle du carbone que la température d’une étoile augmente fortement. Et avec elle, la pression de radiation et le diamètre de l’étoile. Placée au cœur du Système solaire, Bételgeuse aurait déjà dévoré la planète Mars.

Notons par ailleurs que la combustion complète du carbone prend quelque 100.000 ans. La combustion des éléments suivants est ensuite très rapide : quelques années pour le néon, quelques mois pour l’oxygène, un jour ou deux pour le silicium. Le tout se déroulant sans changement observable dans la photosphère de l’étoile. Alors que celle-ci s’approche inexorablement de son effondrement gravitationnel et de sa transformation en supernova.

Mais les neutrinos pourraient jouer le rôle de lanceurs l’alerte d’une explosion imminente. En effet, au cours de la phase de combustion du carbone, les neutrinos émis présentent une signature énergétique typique. Et au fur et à mesure de l’évolution jusqu’à l’effondrement du cœur, le flux d’énergie tout comme l’énergie par neutrino augmentent. Selon une étude menée il y a quelques années déjà, dans les dernières heures de vie d’une étoile, les neutrinos produits franchissent même un seuil d’énergie critique observable depuis la Terre.

C’est plus exactement l’interaction entre les antineutrinos venant de l’étoile mourante et les protons du détecteur qui pourrait être révélateur. Classiquement, ce type d’interaction est rare. Mais si une étoile assez proche de nous était en train de brûler son silicium, elle pourrait produire des antineutrinos suffisamment énergétiques pour que nos détecteurs actuels en gardent la trace.

Les calculs montrent que Super-Kamiokande, et ses 50.000 tonnes d’eau, devrait pouvoir enregistrer, dans la première heure, quelque 60 à 70 antineutrinos en provenance d’une Bételgeuse qui aurait commencé à brûler son silicium. Et quelque 1.600 au total dans la journée. Le fait que ces antineutrinos sont supposés arriver sur Terre par paquets – correspondant aux oscillations du cœur et de l’enveloppe de l’étoile -, cela pourrait donner une indication forte que Bételgeuse est bien sur le point d’exploser. Et offrir à tous les observatoires du monde, une occasion unique d’observer le phénomène !

Sources

Réagissez à cet article en nous laissant un commentaire.
Profitez-en pour vous abonner  et suivre d’autres reportages tout aussi passionnants.