Le confinement généralisé du pays a donné lieu à un appel inhabituel : à la maison, il vaut mieux utiliser le Wi-Fi à son domicile que sa connexion 4G. Mais pour quelle raison ?

C’est une recommandation que l’ont voit fleurir sur les réseaux sociaux depuis le 16 mars, à l’image du message publié par le député Éric Bothorel ou celui du président de la fédération française des télécoms Arthur Freyfuss : chez vous, mieux vaut connecter son smartphone au Wi-Fi de la box pour surfer sur le net, plutôt que de passer par la connexion 4G.

Cet appel, le gouvernement y souscrit. Cédric O, le secrétaire d’État au numérique, a mis en ligne le 20 mars une animation appelant au civisme numérique : on y lit divers conseils, comme la priorisation aux usages professionnels et éducatifs (les loisirs doivent passer après), l’utilisation de la qualité standard au lieu de la HD, le téléchargement aux heures creuses, afin d’éviter l’engorgement en heure de pointe.

Et, donc, l’appel à opter autant que possible pour le Wi-Fi plutôt que pour la 4G.

Une histoire de capacité de connexions simultanées

Mais cela ne dit pas pourquoi il faut le faire. La raison est technique : les connexions en 4G sont des connexions sans fil qui passent par des fréquences. Elles circulent entre le smartphone et une antenne-relais qui est située à l’extérieur, à une distance relativement proche. Or, cette antenne-relais ne peut recevoir qu’un nombre limité de connexions en même temps, sous peine d’être saturée.

C’est pour cela que la solution de la « 4G fixe » (en fait, il s’agit d’une box qui se connecte en 4G à une antenne-relais, tandis que les smartphones et les autres terminaux de la maison, eux, se connectent en Wi-Fi ou via un câble à la box) n’a de sens que dans des lieux peu peuplés et qui ne bénéficient pas d’infrastructures télécoms alternatives performantes pour envisager autre chose.

C’est ce que souligne le régulateur des télécoms : ces offres « permettent d’équiper rapidement en haut débit de qualité correcte les foyers qui n’ont, à ce jour, pas accès à des offres satisfaisantes. En revanche, la capacité du réseau 4G est partagée entre utilisateurs des box 4G fixe et utilisateurs mobiles ». En effet, la capacité totale dépend de la quantité de fréquences disponible dans la zone.

« Si le nombre d’utilisateurs augmente, ajoute-t-elle, l’opérateur devra procéder à la densification du réseau pour maintenir le niveau de débit, et donc une qualité de service satisfaisante ». Évidemment, la 4G fixe ne s’envisage que dans des zones déjà couvertes par de la 4G. Elle n’a pas d’intérêt dans les grands centres urbains, vu la densité et les performances des liaisons filaires — sauf en cas de panne.

De fait, les liaisons filaires sont moins sous tension. À titre d’exemple, une antenne-relais 2G (GSM) peut gérer 500 communications simultanées sans multiplexage ou bien 3 500 avec. En comparaison, un terminal de transmission optique (OLT) dans un nœud de raccordement optique (NRO), qui est un peu à la fibre optique ce qu’est l’antenne-relais à l’Internet mobile, est capable de voir 16 000 clients en même temps. Ces valeurs sont données à titre d’exemple : elles peuvent varier d’un cas de figure à l’autre, d’une norme à l’autre, d’une configuration à l’autre.

Ce qu’il faut retenir dans les grandes lignes, c’est que les communications mobiles sont par nature susceptibles d’être engorgées plus vite qu’une liaison filaire — c’est d’ailleurs du fait de ce constat que la 5G a notamment été conçue. La prochaine norme de téléphonie sera capable de supporter un nombre très important de connexions mobiles simultanées, d’un facteur dix, afin de se préparer à l’Internet des objets.

Aujourd’hui toutefois, la 5G n’est nullement déployée massivement sur le territoire. Elle n’est d’ailleurs pas du tout prête commercialement. D’où les voix qui se font entendre depuis la mi-mars pour passer ses communications par le fixe. En effet, à cause de la nécessité de rester confiné chez soi, les réseaux de télécommunications sont plus sollicités qu’à l’accoutumée, puisque chacun cherche à s’occuper ou à travailler à distance.

Quelques indicateurs ont été donnés le 21 mars par Stéphane Richard, le PDG d’Orange : le télétravail, « multiplié par 7 », a mené à un « trafic voix multiplié par 2 », la visioconférence « multipliée par 2 », « et il y a des messageries Internet comme WhatsApp dont on estime que le volume a été multiplié par 5 ». « Si on veut que les réseaux, et ils peuvent tenir, le premier geste c’est utiliser au maximum le Wi-Fi le fixe ».

Évidemment, cette bascule est à faire quand l’accès filaire est disponible : quand vous êtes à l’extérieur, en cas de congestion de la ligne fixe (si vous êtes nombreux à vous brancher sur la box le soir) ou en cas de panne temporaire, il est normal de se rabattre sur le mobile en attendant de rentrer à la maison ou que les choses se tassent — même, si là encore, les appels au civisme numérique incitent à de la modération.

Il est d’ailleurs possible d’aller assez loin dans cet effort : outre les appels téléphoniques par le fixe, Internet et la télévision, il est tout à fait envisageable de basculer aussi les coups de fil passés par le smartphone. Comment ? Grâce au service de communication par voix sur Wi-Fi, aussi appelée « VoWiFi » (Voice over Wi-Fi : la voix sur le Wi-Fi). Le régulateur des télécoms propose un guide pour s’y mettre.

Une dernière chose : d’aucuns feront peut-être remarquer que le Wi-Fi est un protocole de  communication sans fil et qu’il est curieux d’en parler dans un article encourageant l’usage d’une connexion avec fil.

L’observation n’est pas dénuée de sens, mais la liaison Wi-Fi n’occupe ici qu’un minuscule segment du trajet que vont effectuer les communications entre le smartphone et Internet. Un segment qui se trouve d’ailleurs au bout du bout de la liaison, entre l’internaute et sa box Internet chez lui. Or justement, une fois les communications du smartphone captées par la box, via des fréquences radio, elles sont ensuite envoyées vers le net, par ADSL, câble ou fibre optique.

Sources

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