L’approche de la comète ATLAS a beaucoup animé les forums d’astronomes amateurs ces dernières semaines. Car cet objet céleste pourrait bien nous offrir prochainement un spectacle éblouissant. Elle pourrait briller si fort que nous pourrions l’observer à l’œil nu d’ici la fin du mois ou début mai… avant de se désintégrer !

Les astronomes se réjouissent d’autant plus qu’un tel spectacle est relativement rare, notamment dans l’hémisphère nord. En mars 2013, la comète PanSTARRS était visible juste après le coucher du soleil, mais bien qu’elle ait atteint la 1re magnitude, sa basse altitude combinée à un ciel clair et crépusculaire, ont finalement « gâché » l’effet attendu. La comète Lovejoy en 2011 et la comète McNaught en 2007, alors qu’elles étaient au maximum de leur brillance, n’étaient malheureusement visibles que depuis l’hémisphère sud.

Finalement, le dernier événement similaire qu’il nous a été permis d’observer ainsi est le passage de Hale-Bopp, en 1997, qui se trouvait alors à moins de 197 millions de kilomètres de la Terre. Son noyau inhabituellement important dégageait beaucoup de poussières et de gaz – formant un « nuage » estimé à environ 30 à 40 km de diamètre – qui apparaissait brillant à l’œil nu. Un an plus tôt, la comète Hyakutake nous a elle aussi gratifiés d’un beau spectacle ; dans les conditions les plus sombres, la queue de Hyakutake semblait s’étendre à plus de la moitié de la zone observée.

Une brillance exponentielle

Ce nouvel objet, classé C/2019 Y4, a été baptisé ATLAS (pour Asteroid Terrestrial-Impact Last Alert System), du nom du système d’alerte conçu pour repérer les astéroïdes dangereux qui s’approcheraient trop près de la Terre. L’engin, localisé à Hawaï, a d’ores et déjà repéré plus d’une demi-douzaine de comètes. Mais celle dont il est question ici intéresse les spécialistes tout particulièrement.

Observée pour la première fois le 28 décembre 2019, la comète était d’une lueur très faible, proche de la 20e magnitude. Elle se trouvait alors dans la constellation de la Grande Ourse. Rappelons au passage que la magnitude apparente d’un objet céleste définit sa brillance ; plus un objet est brillant, plus sa magnitude est faible, voire négative. Toutefois, au fil des semaines, l’éclat d’ATLAS n’a cessé d’augmenter depuis sa découverte, ce qui laisse présager d’un spectacle particulièrement intéressant.

En outre, les calculs prévisionnels ont révélé qu’elle suivait une orbite pratiquement identique à la « Grande Comète de 1844 ». Certains calculs suggèrent par ailleurs que lorsque la comète arrivera au périhélie — le point de sa trajectoire le plus proche du Soleil — le 31 mai, elle pourrait même rivaliser avec la planète Vénus ou la pleine lune en matière de brillance.

Toutefois, la communauté de passionnés demeure prudente : les comètes sont imprévisibles et il se pourrait bien qu’ATLAS disparaisse avant même que nous ayons eu le loisir de l’admirer. Il se trouve que depuis le 17 mars, l’augmentation exponentielle de sa luminosité a considérablement ralenti. Au cours de ces deux dernières semaines, elle ne s’est éclairée que d’environ 0,5 magnitude.

Une question d’expérience…

L’objet ne sera finalement peut-être pas si simple à observer : au 1er avril, un consensus d’observations prises dans la base de données des observations de comètes a montré qu’ATLAS stagnait à une magnitude d’environ 8,0. C’est à portée d’un petit télescope ou de bonnes jumelles, mais difficilement observable à l’œil nu.

Même à travers ces instruments, beaucoup pourraient avoir du mal à l’observer car sa chevelure, ou coma, est très grande : environ 10 minutes d’arc, soit environ un tiers de la taille apparente de la Lune. Ainsi, au lieu d’être focalisée en un point unique, comme une étoile, la luminosité de la comète est répartie sur une grande surface, ce qui lui confère une apparence « fantomatique ». À moins de bénéficier de conditions d’observation idéales (ciel nocturne sombre et non pollué par la lumière), la comète sera difficile à distinguer du fond céleste.

Pour déterminer si une comète va se donner en spectacle (ou pas), il faut déterminer s’il s’agit d’une « nouvelle » comète, autrement dit, d’une comète provenant du nuage d’Oort – un « réservoir » à comètes situé au-delà de notre système solaire – décrivant une orbite parabolique. Cela signifie que ces comètes n’ont jamais interagi avec le Soleil auparavant, contrairement aux autres qui tournent autour selon des orbites elliptiques étirées.

Or, les comètes sont recouvertes de matériaux très volatils, tels que de l’azote congelé, du monoxyde de carbone et du dioxyde de carbone. Loin du Soleil, ces glaces se vaporisent, provoquant une montée rapide de la luminosité. Mais une fois ces glaces disparues à l’approche du soleil, l’éclaircissement de la comète ralentit considérablement.

Pourtant, les similitudes de l’orbite d’ATLAS avec celle de la Grande Comète indiquent qu’elle semble ne pas faire partie des nouvelles venues. Les deux objets semblent suivre des trajectoires qui s’étendent bien au-delà des limites extérieures du système solaire ; près de 6000 ans leur sont nécessaires pour tracer un circuit orbital complet. En résumé, les deux comètes ont fait le tour du soleil au moins une fois, sinon plus. La question est donc : si ATLAS est déjà venue dans notre système solaire, pourquoi agit-elle comme une nouvelle comète ?

Un fragment de la Grande Comète ?

John Bortle, un chasseur de comètes réputé, pense qu’ATLAS serait en réalité un morceau de la comète de 1844 (officiellement désignée C/1844 Y1) : « Ce qui s’approche du Soleil maintenant est un morceau de glace et de poussière cométaire de taille modeste, présentant une grande portion de surface fraîchement exposée ; une couche qui n’a jamais été vue par le Soleil, de sorte qu’elle réagit à sa lumière à la manière d’une comète issue du nuage d’Oort, comme la comète Kohoutek l’a fait en 1973 ».

Ainsi, l’expert estime qu’ATLAS est probablement de plusieurs magnitudes plus faible que ce que nous supposons actuellement et ne sera peut-être pas suffisamment brillante pour survivre au passage du périhélie. En d’autres termes, la comète tant attendue pourrait se désintégrer lorsqu’elle parviendra aux alentours du soleil, fin mai.

En attendant, vous pouvez essayer de l’observer, même si la pleine lune actuelle rend l’observation plus difficile. Les nuits sans Lune entourant le week-end du 18 avril sont les meilleures du mois pour une observation. Une fois que le ciel s’est assombri, faites face au nord-ouest et balayez aux jumelles l’intérieur du grand triangle formé par Capella, l’étoile Polaire et la Grande Ourse.

Dans les jumelles, la comète devrait apparaître comme une tache grise et floue, allongée en raison de sa queue développée. Une fois que vous l’avez localisée, un télescope pourra vous permettre d’observer la couleur verte caractéristique des comètes.

Sources

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