La pandémie de coronavirus a tendance à éclipser toute autre épidémie. La rougeole, maladie la plus contagieuse au monde, est pourtant en pleine recrudescence : elle a fait plus de 200.000 morts en 2019, une hausse de 50 % en trois ans. L’Europe est particulièrement touchée, en raison notamment du mouvement anti-vaccins.

Alors que le nombre de morts de la Covid-19 est égrainé quotidiennement dans les médias, on se préoccupe beaucoup moins des autres maladies, qui continuent pourtant à tuer insidieusement. C’est notamment le cas de la rougeole, une maladie qui semble bénigne aux premiers abords mais qui a pourtant causé 207.500 décès en 2019, soit 50 % de plus qu’en 2016. Environ 869.770 personnes ont attrapé la rougeole l’an dernier, un chiffre en hausse de 556 % en trois ans, selon un rapport de l’OMS et du Centre de contrôle et de Prévention américain (CDC). Et encore, il ne s’agit que d’une estimation basse, la majeure partie des cas n’étant pas reportés. Le nombre de cas serait en réalité de 9,83 millions. Alors que 125 pays étaient déclarés exempts de rougeole en 2016 (moins de cinq cas pour un million d’habitants), ils n’étaient plus de 85 en 2019, indique le rapport. Le taux d’incidence, qui était tombé à 18 cas pour un million d’habitants (un chiffre historiquement bas), a été multiplié par 10 en l’espace de trois ans.

Le recul de la vaccination

Jusqu’au début des années 2010, pourtant, tout allait bien. Grâce à la vaccination, dont la couverture a progressé de 72 % à 84 % entre 2000 et 2010, le taux d’incidence avait été divisé par trois. Entre 2000 et 2018, la vaccination aurait ainsi évité la mort de 23,2 millions d’enfants, estime l’OMS. Mais depuis, c’est la dégringolade. Le taux de vaccination stagne, et il a même reculé dans certains pays. En France, le taux de couverture du ROR (vaccin rougeole-oreillons-rubéole) à l’âge de 24 mois est ainsi passé de 90,6 % en 2014 à 89,6 % en 2017 (ce qui a d’ailleurs poussé le gouvernement à rendre ce vaccin obligatoire depuis 2017). Au niveau mondial, le taux de couverture de la deuxième dose n’est aujourd’hui que de 71 % bien inférieur aux 95 % théoriquement nécessaires pour éradiquer la maladie.

Les choses risquent de ne pas s’arranger dans les mois à venir, même si le nombre de cas de rougeole semble plus faible en 2020, probablement en raison des confinements à travers le monde. « Avant la crise du coronavirus, le monde était en proie à une crise de la rougeole, qui n’a pas disparu », insiste Henrietta Fore, directrice générale de l’Unicef. Or, l’épidémie de Covid-19 a fortement perturbé les campagnes de vaccination à travers le monde. En novembre, plus de 94 millions de personnes risquaient de ne pas être vaccinées comme prévu à cause de l’interruption des campagnes de lutte contre la rougeole dans 26 pays, s’alarme l’OMS. « Bien que la pandémie de Covid-19 pèse très lourdement sur les systèmes de santé, notre combat contre une maladie mortelle ne peut se faire au détriment de notre combat contre une autre », s’énerve Henrietta Fore.

Sources

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