Le paradoxe de Fermi, qui se demande pourquoi nous n’avons pas encore trouvé de civilisation intelligente semblable à la nôtre dans tout l’Univers, taraude les scientifiques depuis des décennies. Selon une nouvelle étude, l’explication est simple : l’évolution vers une forme de vie intelligente et sa probabilité sont tellement lentes et rares qu’elles dépassent la période de vie habitable d’une planète.

Comment se fait-il que dans un Univers indéfiniment grand, la Terre soit la seule à accueillir la vie ? Pourquoi n’avons-nous détecté aucune civilisation extraterrestre ? La question, connue sous le nom de « paradoxe de Fermi », passionne et déchire les scientifiques depuis des décennies. Un nombre incalculable d’études contradictoires sont parues sur le sujet, avec des explications parfois farfelues. Une des dernières sur le sujet, publiée en juillet, affirme par exemple que la Voie lactée contient au minimum 36 civilisations intelligentes « en état de communiquer » (avec toutefois une marge d’erreur de plusieurs milliers d’années).

Des transitions évolutives très rares et très lentes

Une nouvelle étude publiée par des chercheurs de l’université d’Oxford semble, elle, tout à fait s’accommoder de l’idée que l’apparition de la vie est unique et liée à « un extraordinaire concours de circonstances ». En d’autres termes, nous serions le résultat d’un coup de chance quasi miraculeux.

Leur argumentaire s’appuie sur le fait que la vie a évolué en suivant des « transitions évolutives », facilitées par le hasard. Il a d’abord fallu passer par l’émergence de la vie primitive à partir de matière non vivante (abiogenèse), puis à la vie eucaryote (avec des cellules dotées d’un noyau), à l’évolution de la reproduction sexuée, et enfin à la multicellularité et de l’intelligence elle-même. Si la vie intelligente existe sur d’autres planètes, elle aurait donc dû passer par une série de transitions évolutives comparables, ce qui nécessite plus de temps que toute la durée de vie prévue de la Terre (3 à 4 milliards d’années environ), affirment les chercheurs.

« Il a fallu environ 4,5 milliards d’années pour qu’une série de transitions évolutives aboutissant à une vie intelligente se déroule sur Terre. Dans un autre milliard d’années, la luminosité croissante du Soleil rendra la Terre inhabitable pour la vie complexe, expliquent les experts du Future of Humanity Institute de l’université d’Oxford dans leur article. L’intelligence est donc apparue tardivement dans la vie de la Terre. En prenant en compte un calendrier dispersé des principales transitions évolutives et les antécédents plausibles, on peut conclure que les temps de transition prévus dépassent probablement la durée de vie de la Terre, peut-être de plusieurs ordres de grandeur. »

De plus, le fait que certaines transitions ne se soient produites qu’une seule fois dans l’histoire corrobore la théorie du « coup de chance »

Existe-t-il des formes d’évolution beaucoup plus rapides ?

Cette explication au paradoxe de Fermi s’appuie sur les travaux du physicien australien Brandon Carter, qui a cherché à expliquer pourquoi la vie intelligente a émergé si tard dans l’histoire de la Terre. « Carter souligne que les étapes délicates de chaque transition prennent beaucoup plus de temps que les planètes ne restent habitables », relève Andres Sandberg, l’un des auteurs de l’étude. « Pour arriver à une autre conclusion, il faudrait soit des antécédents exceptionnels sur d’autres planètes soit trouver un modèle alternatif qui puisse expliquer pourquoi les transitions évolutives ont pris autant de temps sur Terre sans faire appel à de rares occurrences stochastiques. »

Trouver de la vie, oui, de la vie intelligente… beaucoup moins

Cette étude conforte peu ou prou un calcul de David Kipping, professeur assistant au Département d’astronomie de l’Université Columbia à New York, qui avait calculé en mai la probabilité d’apparition d’une vie unicellulaire et une vie intelligente à partir d’un savant mélange de formule de Bayes et de théorie des paris. Il en était arrivé à la conclusion de l’abiogenèse est un phénomène relativement courant (avec une cote de 9:1, ce qui signifie qu’on aurait 9 chances contre 1 de « gagner » en répondant à la question « l’abiogenèse est un phénomène courant »). En revanche, son évolution vers une forme intelligente est beaucoup moins probable (avec une cote de 2:3).

Sources

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