Et si les terres rares étaient la véritable raison de la mission de retour d’échantillons lunaires Chang’e 5 de la Chine ? 

Lorsque la sonde Chang’e 5 se pose à proximité de Mons Rümker dans l’océan des Tempêtes, la plus grande des mers lunaires où de nombreux engins soviétiques et américains se sont posés ainsi que la mission Apollo 12 en novembre 1969, l’intérêt scientifique est évident.

En effet, les scientifiques, qui estiment que l’activité volcanique sur la Lune s’est arrêtée il y a 3,8 milliards d’années, sont convaincus que, dans cette région, elle aurait perdurer bien plus longtemps jusqu’à tout récemment, seulement 100 millions d’années. Cette région de la Lune aurait donc vécu des phénomènes volcaniques beaucoup plus tardifs par rapport au reste de la Lune, d’où l’utilité de ramasser des échantillons de cette zone, notamment dans son sous-sol, l’analyse de ce dernier devrait apporter des informations importantes sur la structure interne de la Lune et son histoire.

Mais, le site d’atterrissage de la mission chinoise a comme autre particularité d’abriter une concentration particulièrement élevée de terres rares que l’on peut voir depuis l’orbite lunaire mais il manque des observations depuis le sol pour se faire une idée beaucoup plus précise du niveau de concentration. Les échantillons lunaires que s’apprête à rapporter sur Terre Chang’e 5 devraient permettre d’estimer les quantités probables de terres rares présentes sur cette zone.

L’intérêt des terres rares

Cette appellation de terres rares recouvre les éléments situés entre le numéro atomique 57 (lanthane) et le numéro 71 (lutétium) de la table périodique des éléments ainsi que le scandium et l’yttrium. Ces éléments, dont les propriétés électroniques, catalytiques, magnétiques et optiques font leur intérêt, sont devenus incontournables dans de nombreux secteurs, comme l’automobile, l’aéronautique, la défense et toutes les nouvelles technologies.

Les gisements connus et exploitables sur Terre sont plutôt limités et estimés entre 110 millions à 150 millions de tonnes seulement. À ces éléments s’ajoute l’hélium-3 dont l’exploitation permettrait de produire une énergie nucléaire beaucoup plus propre, la fusion. Et, selon le scientifique chinois Ouyang Ziyuan, la Lune est « est tellement riche en hélium 3, que cela pourrait régler le problème des besoins en énergie de l’humanité pour au moins 10.000 ans ! » Cela dit, certains scientifiques doutent de son intérêt dans un avenir proche.

L’avenir de l’Homme sur la Lune nécessitera l’exploitation des ressources locales

Depuis le début de son programme d’exploration lunaire, la Chine, qui déteint le quasi-monopole de la production de terres rares (85 %), a clairement fait de ces gisements humains une priorité et elle se positionne dans l’exploitation des ressources présentes sur la Lune. Les sondes Chang’e 1 & 2 ont notamment servi à recenser sur la Lune les régions susceptibles d’abriter des terres rares en quantité et à localiser les dépôts à forte concentration. Quant à Chang’e 4, qui s’est posé sur la face cachée de la Lune dans le cratère Von Kármán en janvier 2019, l’un de ses principaux objectifs, si ce n’est le principal, est de déterminer la quantité exacte d’hélium-3 présent sur la Lune et surtout où le trouver.

Enfin, l’exploitation du régolithe lunaire a comme autres intérêts la production d’oxygène, d’ergols nécessaires au fonctionnement des moteurs de véhicules spatiaux et aussi de matériaux pour la construction de structures en dur.

La Lune est donc au cœur des ambitions scientifiques et économiques de la Chine, dont la vision à long terme est remarquable. Aux conditions économiques d’aujourd’hui, rapporter ces terres rares sur Terre n’est pas intéressant. Par contre, il y a un réel intérêt à exploiter le régolithe pour soutenir l’installation de l’Homme sur la Lune et préparer les futurs voyages à destination de Mars et au-delà.

Une situation qui doit faire prendre conscience à nos décideurs de l’importance de la Lune pour notre avenir et notre indépendance.

Sources

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