Comment dévier la course d’un astéroïde qui menacerait la Terre ? Différents scénarios sont  pensés pour y faire face.

Dévier un astéroïde en le percutant ?

Lancer un projectile sur l’astéroïde pour modifier sa course en fait bien partie. “ Cette technique, dite de l’impacteur cinétique, est la solution la plus mature, justifie même Andrew Cheng, du Johns Hopkins Applied Physics Laboratory. Et elle est adaptée au type de menace le plus probable, à savoir les astéroïdes d’une taille inférieure à plusieurs centaines de mètres .” La sonde Dart , qui devrait être lancée en 2021, aura pour mission de tester cette technique en se crashant à 21 600 km/h sur Didymos B, un inoffensif astéroïde 8,5 millions de fois plus massif qu’elle. Il n’en ressentira qu’une chiquenaude, mais elle devrait être suffisante pour dévier légèrement sa trajectoire, déviation qui s’amplifiera ensuite d’année en année. Et une ogive nucléaire ? Ne permettrait-elle pas de pulvériser tout simplement l’astéroïde ? À condition qu’elle ne le fragmente pas en pluie de débris radioactifs. Mieux vaudrait du coup faire exploser la bombe à distance pour préserver l’astéroïde tout en lui conférant assez d’énergie pour le dévier. “ Pour un astéroïde de plus de 100 m, avec un délai de réaction de seulement quelques années avant l’impact, ce pourrait être notre seule option viable ”, confirme un directeur de la NASA.

Dévier un astéroïde en le vaporisant ?

Imaginée dans les années 1990 pour se débarrasser des débris spatiaux, cette option exploite la loi de l’action-réaction, qui permet aux fusées de décoller. Sauf qu’au lieu d’éjecter des gaz issus d’une combustion, on éjecterait cette fois la matière de l’astéroïde lui-même, grâce à une flottille de sondes équipées de lasers ou de canons à ions : en concentrant leurs rayons sur l’astéroïde pour vaporiser sa matière, on créerait un flux en surface qui générerait une poussée dans le sens opposé. Pour Massimiliano Vasile (université de Strathclyde, Écosse), “ l’ablation laser est la meilleure alternative non nucléaire à l’impacteur cinétique ”. Problème : on ne sait pas réunir assez d’énergie pour alimenter les canons. D’où une variante alimentée par des loupes concentrant la lumière du Soleil. Mais “ si l’astéroïde tourne sur lui-même, il sera difficile de focaliser les faisceaux au même endroit ”, estime l’astronome Patrick Michel (CNRS). Une dernière option consisterait à installer à sa surface une foreuse et un canon pour éjecter la matière dans l’espace. Sauf que “ se poser est encore plus compliqué ”, pointe Jean-Yves Prado (ex-ingénieur Cnes). Bref, cette méthode reste un sacré défi.

Dévier un astéroïde en l’attirant avec une autre masse ?

Pourquoi pas ? Il s’agirait cette fois d’exploiter la loi de l’attraction universelle : tout corps attire les corps qui l’environnent. Une sonde près de l’astéroïde pourrait donc l’attirer dans sa direction. “ Mais l’astéroïde aussi va attirer la sonde, qui devra résister à l’aide d’un propulseur pour entraîner l’astéroïde dans la direction voulue ”, prévient Francis Rocard, du Cnes. Et cette force sera si faible que la sonde devra maintenir ce périlleux vol stationnaire pendant des années, la moindre défaillance du moteur la jetant sur l’astéroïde. D’où un mode de propulsion sans carburant, comme un moteur ionique alimenté par des panneaux solaires, une technique encore peu éprouvée. “ De plus, lancer des sondes très massives reste difficile, ce qui restreint cette technique aux astéroïdes très petits ”, précise Jean-Yves Prado (ex-Cnes)

Dévier un astéroïde en peignant sa surface ?

Cette approche est la plus créative. Elle part du principe que les astéroïdes, comme tout corps céleste, réémettent en partie le rayonnement solaire reçu, sous forme de radiation thermique (albédo) qui génère une poussée dans le sens opposé. Peindre une partie de l’astéroïde en blanc – qui réfléchit un maximum de lumière -permettrait donc de l’augmenter. Mais comment procéder ? En pulvérisant une poudre réfléchissante ? “ Même si on y parvenait, il faudrait encore contrôler cet effet, sachant que l’astéroïde tour ne sur lui-même ”, objecte Patrick Michel au CNRS.

Déployer des voiles entre le Soleil et l’astéroïde permettrait au contraire de faire de l’ombre et donc de diminuer la poussée liée à l’albédo dans une direction donnée. Mais dans les deux cas, il faudrait agir pendant plusieurs dizaines d’années pour obtenir une déviation suffisante.

Dévier un astéroïde en le capturant ?

La méthode a été sérieusement imaginée il y a quelques années, dans le but de capturer un astéroïde pour en exploiter les ressources. Il s’agissait de fixer un câble ou d’emprisonner l’astéroïde à l’aide de bras articulés, d’un filet ou d’un grand sac, puis de le remorquer avec une fusée. “ Ce n’est pas si facile, car l’astéroïde tourne sur lui-même ”, rappelle néanmoins Francis Rocard, du Cnes. Sans compter que si certains astéroïdes sont rocheux ou métalliques, d’autres sont des amas de matière sans grande cohésion, sur lesquels il serait difficile de s’ancrer solidement.

Une version simplifiée du remorquage évite cet écueil : il s’agirait de se poser sur l’astéroïde et d’utiliser le propulseur de la fusée pour le pousser. Mais même ainsi, la technique nécessiterait de développer des motorisations qui n’existent pas actuellement. “ C’est un peu comme vouloir tirer un porte-avions avec une barque ”, résume Jean-Yves Prado (ex-Cnes). Bref, même si c’est une belle idée sur le papier, le remorquage d’astéroïde reste à l’heure actuelle l’une des méthodes les moins matures pour sauver la Terre (et nous avec) le moment venu.

Sources

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