Selon une étude récente, l’être humain n’a pas découvert des traces de vies extraterrestres intelligentes pour une bonne raison : ces dernières auraient d’ores et déjà disparu. Une théorie qui s’ajoute aux nombreuses hypothèses qui tentent d’expliquer le fameux « paradoxe de Fermi ».

A l’été 1950, le physicien Enrico Fermi déjeune avec quelques-uns de ses collègues dans la cafétéria du laboratoire national de Los Alamos. En compagnie des ingénieurs et physiciens avec lesquels il a conçu les premières bombes atomiques, le scientifique de renom, couronné d’un prix Nobel de physique en 1938, s’interroge : « S’il y avait des civilisations extraterrestres, leurs représentants devraient être déjà chez nous. Où sont-ils donc ? ». 70 ans plus tard, alors qu’une nouvelle série surfe ces jours-ci sur la fascination pour les ovnis, ce qui est dorénavant connu comme le « paradoxe de Fermi » ne connaît toujours pas de réponse et continue de passionner les férus d’espace autant que les astronomes. Partant du principe que la vie extraterrestre existe, les théories échafaudées pour tenter de répondre à cette interrogation se bousculent : quand auraient pu apparaître des extraterrestres ? Et comment les détecter dans notre galaxie ? La dernière étude scientifique en date, publiée par des scientifiques du Nasa Jet Propulsion Laboratory et du California Institut of Technology en décembre 2020, estime ainsi qu’au sein de notre propre galaxie, la Voie lactée, d’autres civilisations extraterrestres ont pu exister… avant de disparaître. Les extraterrestres seraient, ainsi, déjà morts. Mais plusieurs hypothèses suggèrent d’autres explications. En voici quelques-unes.

Les humains, derniers nés de la Voie Lactée ?

La dernière théorie en date explique donc que la Terre serait arrivée tardivement dans notre galaxie. Trop tard, finalement, pour rencontrer d’autres formes de vie intelligentes. Pour parvenir à ce résultat, les scientifiques du Nasa Jet Propulsion Laboratory et du California Institut of Technology ont mis à jour l’équation de l’astronome Frank Drake, formulée en 1961. Cette dernière permettait de calculer les probabilités d’existence de civilisations extraterrestres à partir du nombre d’étoiles de notre galaxie, de planètes propices à la vie, et la fraction de ces dernières pouvant héberger une forme de vie intelligente.

Depuis les équations de Frank Drake, les scientifiques ont cependant énormément appris de notre univers : les premières exoplanètes ont été observées et on saisit mieux le principe de zone habitable, où on estime que la vie peut apparaître. Avec ces nouvelles données, les chercheurs ont estimé que la vie intelligente pouvait commencer à se développer environ 8 milliards d’années après la formation de notre galaxie, à condition d’être éloignée d’environ 13 000 années lumières du centre de la Voie lactée. La vie sur Terre est quant à elle apparue il y a 4 milliards d’années, et se situe à une distance de 25 000 années lumières de son centre : l’espèce humaine étant vieille d’un peu moins de 3 millions d’années, nous serions donc arrivés sur le tard.

Mais en plus des traditionnelles conditions propices ou non à la vie, les scientifiques ont cette fois ajouté d’autres paramètres à l’équation. Parmi ceux-ci, l’exposition aux radiations, un arrêt de l’évolution mais surtout le risque, pour une vie intelligente, de s’auto-détruire. Les sociétés extraterrestres pourraient bien, au même titre que les humains actuellement, se mettre en danger. La guerre, des progrès technologiques mal maîtrisés, ou même des changements climatiques auraient pu détruire d’autres formes de vie intelligentes :

Bien qu’au­cune preuve ne permette de conclure que toute vie intel­li­gente est desti­née à s’auto-détruire, nous ne pouvons pas exclure a priori la possi­bi­lité de l’auto-destruc­tion. Dès 1961, [le physi­cien] Hoer­ner suggé­rait que le progrès scien­ti­fique et tech­no­lo­gique condui­rait inévi­ta­ble­ment à la destruc­tion totale et à la dégé­né­ra­tion biolo­gique, tout comme le pensaient Sagan et Shklovs­kii (1966).

D’après les chercheurs, les potentielles civilisations extraterrestres seraient ainsi trop jeunes pour être en mesure d’être détectées : « Nos résultats peuvent impliquer que la vie intelligente pourrait être courante dans la galaxie mais qu’elle est encore jeune, ce qui confirme l’aspect optimiste d’une recherche d’intelligence extraterrestre. Nos résultats suggèrent également que l’emplacement de la Terre n’est pas dans la région où le plus de formes de vie intelligentes sont établies, et les pratiques de recherche de vie intelligente extraterrestre devraient s’intéresser à notre galaxie intérieure, de préférence dans l’anneau de 4 kiloparsecs (ou 13046 années lumières, ndlr) du centre de la galaxie ».

La Terre : une arrivée précoce à l’échelle de l’Univers 

Cette théorie rejoint finalement une autre hypothèse, qui suggère de son côté que la Terre serait arrivée bien trop tôt pour permettre aux humains, statistiquement, de rencontrer leurs petits camarades extraterrestres. Selon une étude publiée en juin 2016 [en anglais] par des chercheurs des départements d’astronomie d’Harvard et de physique d’Oxford, la vie sur Terre serait en effet prématurée à l’échelle de l’univers.

Pour les chercheurs, un des facteurs prédominants pour l’apparence d’une forme de vie intelligente est la durée de vie d’une étoile. Plus une étoile est imposante, plus elle risque de disparaître rapidement, et avec elle toute forme de vie qui était en train d’émerger. À l’inverse, les plus petites étoiles brilleront pendant plusieurs milliards d’années, donnant à la vie amplement le temps d’apparaître.

Mais en ce cas, quid du soleil, qui est de taille « moyenne » à l’échelle des étoiles ? Pour les chercheurs, la première possibilité est tout simplement que l’espèce humaine est prématurée. La seconde est que les événements cosmiques qui se déroulent près d’une petite étoile au début de son existence, pour une naine rouge par exemple, s’avèrent plus dangereux que pour une étoile naine jaune : les radiations émises pourraient ainsi priver une planète habitable de son atmosphère.

Reste qu’à en croire les auteurs de l’étude, d’ici à la fin de l’univers, les chances d’apparition d’une forme de vie intelligente n’auront de cesse, mathématiquement, de s’accroître. Les humains étant arrivés un peu tôt, il leur faudra patienter pour communiquer avec les extraterrestres.

Le Grand Filtre, où quand l’évolution extraterrestre est stoppée nette

Et si la question n’était pas tant de savoir si une civilisation extraterrestre existe, mais de savoir si celle-ci peut survivre dans le temps ? Après tout, la planète bleue a elle-même connu pas moins de cinq extinctions de masse avant l’apparition de l’espèce humaine.

En partant de ce postulat, le physicien et économiste Robin Hanson a créé l’hypothèse du « Grand Filtre ». Selon ce dernier, il existerait une succession de barrières, de filtres, qui rendent particulièrement difficile le fait d’entrer en contact avec une vie extraterrestre. Dans son essai « Le Grand Filtre – L’avons nous bientôt passé ? », le chercheur définit neuf étapes évolutives menant de la chimie moléculaire à la vie, de la vie à une forme d’intelligence, et de cette intelligence à une civilisation colonisatrice de galaxie :

  • Quelque chose d’auto-reproductif (par exemple, l’ARN)
  • Un simple organisme unicellulaire
  • Des organismes unicellulaires complexes
  • L’apparition de la reproduction sexuée
  • Des organismes multicellulaires
  • Des animaux utilisant des outils grâce à leur gros cerveau
  • La situation actuelle de l’humanité
  • Et enfin une expansion colonisatrice à travers l’espace.

Pour Robin Hanson, à chacune de ces étapes, un « filtre » , comme par exemple le changement climatique, à en croire une étude, peut venir empêcher l’évolution de la vie vers la phase suivante. A l’heure actuelle, aucune forme de vie n’aurait été en mesure d’accomplir les neuf étapes évolutives. A minima, le grand silence qui justifie le paradoxe de Fermi suggère qu’il est extrêmement difficile pour une vie développée et avancée d’émerger.

Concernant l’espèce humaine, la question se pose de savoir si le grand filtre est derrière nous, ou encore à venir. Dans le premier cas, cela ferait de l’humanité une espèce rare à travers l’univers, voire unique.

Le Goulot de Gaïa 

La théorie du « Grand Filtre » reste un exercice de pensée plus qu’une théorie scientifique. Mais elle a été poussée plus avant par les chercheurs Aditya Chopra et Charles Lineweaver, dans une étude publiée en janvier 2016 dans la revue Astrobiology. Ces derniers ont émis pour hypothèse que si de nombreuses planètes sont temporairement propices à la vie, très peu d’entre elles le sont pendant plusieurs milliards d’années. Ils citent pour exemple Vénus et Mars, ces dernières ayant peut-être abrité, fut un temps, une forme de vie. Mais dans le cas de Vénus, les océans ont fini par s’évaporer, alors que Mars a peu à peu perdu son atmosphère. La biosphère, sur ces planètes, n’aurait jamais eu le temps de se développer, et ainsi de participer à « réguler » la température de la planète en contrant le principe de l’effet de serre.

La théorie de Gaïa, qui veut que la stabilité à long terme de la température à la surface de la Terre et son équilibre global soient maintenus grâce à sa biosphère, reste néanmoins une idée controversée, rappellent les deux scientifiques dans leur étude.

La Terre : zoo des extraterrestres 

Certaines théories semblent plus proches de la science-fiction et raviront certainement les amateurs d’Ovnis extraterrestres. Elles stipulent que la Terre serait, basiquement, un sujet d’observation pour les extraterrestres.

La première d’entre elles est la théorie du zoo, avancée en 1973 par l’astronome américain John A. Ball. Partant du principe qu’il existe de nombreuses civilisations extraterrestres très avancées, il a estimé que ces dernières ne voulaient tout simplement par entrer en contact avec l’espèce humaine, ou bien pour ne pas exercer d’influence extérieure sur son évolution, ou bien parce qu’elle n’en est peut-être pas encore digne. La Terre serait ainsi une sorte de « réserve naturelle » pour être humains, comme l’avait suggéré l’écrivain de science-fiction Isaac Asimov dans son essai Our Lonely Planet, en 1958.

Si cette théorie se veut plaisante pour les amateurs de science-fiction, elle est en revanche très critiquée par la communauté scientifique. Et pour cause, rien ne permet, sur le plan scientifique, de la valider : non seulement rien ne justifie que la Terre n’ait pas été colonisée par des espèces extraterrestres, mais rien n’explique non plus l’absence de détections de signaux radios provenant de civilisations extraterrestres.

Une variation de cette théorie est l’œuvre du physicien Martyn J. Frogg, qui estime quand à lui que la Terre serait victime d’un « appartheid cosmique » : la Terre ferait partie de la sphère d’influence d’une espèce extraterrestre et serait rendue inviolable en raison d’un « traité galactique ». Ne resterait plus à l’espèce humaine qu’à atteindre le niveau technologique nécessaire pour atteindre ce fameux club.

Des extraterrestres trop différents

Et si l’on regardait au mauvais endroit ? Les extraterrestres, suggère le scientifique et professeur d’astronomie Marin Rees, pourraient être non pas des créatures organiques, mais bel et bien des robots. A l’en croire, des extraterrestres intelligents auraient pu évoluer vers des formes de vie dépendant non plus du carbone, mais du silicone. « La vie loin de la Terre a probablement déjà effectué cette transition, veut croire l’astronome dans une interview accordée au site Nautil.us. […] La vie sur une planète autour d’une étoile bien plus vieille que le Soleil pourrait avoir débuté plus d’un milliard d’années avant la notre, ou plus encore. Par conséquent, elle pourrait avoir déjà en grande partie vers une intelligence artificielle dominante » :

Même si la recherche réussissait [à détecter un signal extraterrestre], il serait toujours à mon avis improbable que le « signal » soit un message décodable. Cela représenterait plus probablement un sous-produit (ou même un dysfonctionnement) d’une machine super-complexe bien au-delà de notre compréhension, dont il faudrait retracer la lignée jusqu’à des êtres organiques extraterrestres. […] Même si l’intelligence était répandue dans le cosmos, nous n’en reconnaîtrions qu’une infime partie. Certains « cerveaux » peuvent envelopper la réalité d’une façon qui est inconcevable à nos yeux. […] Mais les auteurs de science-fiction nous rappellent qu’il existe des alternatives plus exotiques. En particulier, l’habitude de se référer à des extraterrestres comme à une « civilisation extraterrestre » peut être trop restrictive. Une « civilisation » implique une société d’individus… A l’inverse, les extraterrestres pourraient être une seule intelligence intégrée. Même si des signaux étaient transmis, nous ne pourrions pas les reconnaître comme artificiels parce que nous ne saurions peut-être pas comment les décoder.

Un univers simplement trop grand

Finalement, le fait de ne toujours pas avoir détecté de signal radio d’origine extraterrestre rappelle surtout l’immensité de l’univers et la difficulté de capter une communication. En matière de recherches de communications extraterrestres, les projets SETI et Breakthrough Initiatives sont les deux principaux programmes qui cherchent à capter des ondes radios provenant des confins de l’univers. Pour autant, les chances de capter le bon signal, au bon moment, restent extrêmement faibles. « Ce n’est pas un grand silence et puis tout à coup un signal », comme le rappelait François Forget, planétologue, directeur de recherche CNRS au Laboratoire de Météorologie Dynamique (LMD) de l’Institut Pierre Simon Laplace, dans La Méthode scientifique :

La grande difficulté, vous l’aurez compris, c’est que ce soit la ionosphère de la Terre, que ce soient les satellites qui sont au-dessus, et derrière les différents corps, comme les étoiles, mais même des objets lointains en arrière plan qui peuvent être très énergétiques tels que les pulsars, les quasars… Tout ça peut être source de bruit. Du signal il y en a tout le temps, la grande difficulté d’un projet comme SETI, c’est de faire la différence entre un signal intelligent et pas intelligent… Ce qui est quasiment sûr, c’est qu’il y a de bonnes chances que si un jour on détecte un signal, il aura une grande ambiguïté. À moins que le signal soit absolument évident d’un coup, mais c’est peu probable. Et cette interrogation-là va aussi aller sur l’autre type d’exploration qu’on fait, c’est-à-dire lorsque l’on observe non pas des signaux intelligents, mais ce qu’on appelle des bio-signatures, c’est-à-dire les signatures chimiques. En utilisant essentiellement la spectroscopie, on analyse les différents photons qui arrivent et, par exemple, on essaye de voir si il y a de la chlorophylle à la surface d’une planète ou plus simplement, s’il y a de l’oxygène ou de l’ozone dans l’atmosphère. […]. Alors, si on en trouve, on se posera des questions. A chaque fois, ce seront des indices, puis un débat dans la communauté. Il n’y aura jamais une grande annonce claire et solennelle par le président de tel ou tel pays.

En attendant des nouvelles des petits hommes verts ou gris, l’espèce humaine conservera le titre convoité – quoique peu remis en jeu – de « seule espèce intelligente connue de l’univers ».

Sources

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