De nombreux utilisateurs de WhatsApp ont décidé de quitter l’application pour d’autres services plus sécurisés, après que la messagerie a annoncé une modification de ses conditions d’utilisation.

  • WhatsApp a indiqué la semaine dernière qu’elle allait modifier ses conditions générales d’utilisation (CGU) pour permettre au groupe Facebook d’accéder à certaines données collectées sur le service de messagerie.
  • Sous le feu des critiques, l’application a décidé vendredi soir de décaler de trois mois l’entrée en vigueur de ses nouvelles conditions d’utilisation.
  • De très nombreux utilisateurs ont d’ores et déjà décidé de quitter l’application, pour se tourner vers d’autres messageries sécurisées.

L’annonce a eu l’effet d’une bombe pour les utilisateurs de la messagerie. L’application WhatsApp a indiqué la semaine dernière qu’elle allait modifier ses conditions générales d’utilisation (CGU) pour permettre au groupe Facebook [sa maison-mère] d’accéder à certaines données collectées sur le service de messagerie. Les deux milliards d’utilisateurs de l’application seront donc contraints d’accepter cette mise à jour des conditions d’utilisation, sous peine de ne plus pouvoir accéder à leur compte. Cette décision soudaine a suscité de nombreuses réactions, et de vives inquiétudes de la part des utilisateurs.

Sous le feu des critiques après l’annonce de cette modification de leur réglementation, WhatsApp a décidé vendredi soir de décaler de trois mois l’entrée en vigueur de ses nouvelles conditions d’utilisation. Les modifications, qui devaient être appliquées le 8 février, ne seront finalement effectives qu’à partir du 15 mai. La plateforme de messagerie cherche donc aujourd’hui à rassurer les utilisateurs sur la protection de leurs données personnelles. Mais pour beaucoup d’entre eux, il est malheureusement trop tard.

« Aucune confiance dans Facebook depuis le scandale Cambridge Analytica »

Les données personnelles qui pourraient être partagées entre les entités du groupe Facebook concernent les informations d’enregistrement de votre compte, votre numéro de téléphone, votre nom, votre photo de profil, votre statut, vos contacts, vos données des transactions réalisées à partir de l’application ou encore votre adresse IP. « Déjà refroidi par le fait que cette application avait été rachetée par Facebook, en apprenant ce risque supplémentaire de récupération de données sensibles, j’ai décidé de migrer rapidement vers une messagerie plus sûre et plus respectueuse de la vie privée de ses utilisateurs », explique à 20 Minutes Dany.

Comme lui, de nombreux utilisateurs qui estiment subir une violation de leur vie privée, ont décidé de quitter la messagerie. « Je n’ai aucune confiance dans Facebook et sa gestion des données personnelles depuis le scandale Cambridge Analytica. J’étais sur WhatsApp pour ne pas utiliser Facebook Messenger et ne pas partager ma liste de contact et mes réseaux de discussion avec Facebook. Maintenant qu’il menace de récupérer quand même ces données avec un ultimatum, eh bien c’est le moment de changer et d’aller vers des alternatives qui ont fait leurs preuves », explique aujourd’hui Winston. « Outre le fait de partager les données avec Facebook, l’application WhatsApp est de base très intrusive dans les données du téléphone (historique Web, apps installées, etc.) », rappelle également Denis.

Beaucoup craignent aussi d’être submergés par tout un tas de publicités ciblées. « Ce qui m’inquiète, c’est d’être plus envahi par la publicité dans mes boîtes mail », craint Jacques, qui n’a pas encore pris sa décision de quitter l’application. « Le plus grave étant la version Web de WhatsApp utilisée sur les ordinateurs qui, si on accepte ces conditions, ouvrirait les vannes d’une armée de cookies de pistages à Facebook », tempête de son côté François. « J’ai déjà du mal à me désinscrire de certains annonceurs publicitaires par SMS, ce n’est pas pour qu’une messagerie privée me force à subir la même chose ! Cette culture de la publicité est profondément anormale », s’insurge également Pierre, ingénieur informaticien.

« Nos données sont déjà dispersées à tout vent au travers du Web »

Pour certains, vouloir préserver la confidentialité de ses données personnelles est une bataille perdue d’avance. « De toute façon, nos données sont déjà dispersées à tout vent au travers du Web », explique ainsi Muriel, lectrice de 20 Minutes. «  Apple, Google, Facebook ont déjà collecté toutes les données me concernant depuis belle lurette… Ce serait hypocrite de faire l’offusqué avec WhatsApp maintenant. A partir du moment ou l’on est en ligne, de toute façon, il faut accepter que plus rien ne soit vraiment privé. Et donc faire attention à ce qu’on dit, et ce qu’on partage. Pas certain que les alternatives soient plus sécurisées, ou qu’elles ne se fassent pas racheter dans quelques mois par un Gafa », abonde Laurent, qui lui a donc décidé de ne pas quitter WhatsApp.

Contrairement à de nombreux utilisateurs qui ont décidé de claquer la porte, certains ont donc décidé de rester fidèles à la messagerie mobile. « Ces changements ne concernent pas les particuliers européens, alors non je n’ai pas l’intention de supprimer WhatsApp pour l’instant », fait d’ailleurs remarquer à juste titre Christophe. Les utilisateurs européens ne seront en effet pas soumis aux mêmes règles que les autres utilisateurs du monde entier. « Seuls les usages professionnels, c’est-à-dire avec des entreprises qui utilisent la messagerie comme canal pour communiquer avec leurs clients, seront soumis en Europe à ce partage de données », confirme à 20 Minutes Me Merav Griguer, avocate et enseignante à Sciences-Po et Assas, spécialisée dans la protection des données personnelles. « Mais dans tous les cas, il faudra quand même accepter les nouvelles conditions d’utilisation ».

« J’ai basculé sur Telegram, et même si WhatsApp changeait d’avis, ça ne changerait rien »

A l’image d’Elon Musk, l’emblématique patron de Tesla, de nombreux utilisateurs de WhatsApp ont manifesté leurs intentions de migrer vers d’autres plateformes. « Je n’avais pas forcément l’intention de quitter WhatsApp, mais la plupart des groupes où je suis présent ont déjà migré vers Signal (famille, amis…) sur l’impulsion de deux ou trois personnes à chaque fois. Ça s’est fait très facilement, et les gens ont facilement suivi », nous explique Ewen. « Les transferts vers Signal sont en cours, et l’ensemble de mon entourage fait de même : ma douzaine de meilleures copines, mes parents, mes oncles, tantes, cousins… », ajoute également Myriam. « J’ai été séduit par la rapidité de Signal, ses fonctions uniques, la possibilité de l’utiliser sur divers appareils en même temps (cloud based), l’envoi de fichiers jusqu’à 2GB sans compression, la sécurité (messagerie secrète cryptée de bout en bout) et sa non-appartenance à des Gafam », indique aussi Denis.

La messagerie Signal, considérée par les spécialistes comme l’une des applis les plus sécurisées du marché, caracole ainsi en tête des téléchargements depuis une semaine en France, en Allemagne, en Inde ou encore à Hong Kong. D’autres messageries sécurisées, comme Telegram, tirent également leur épingle du jeu. « J’ai demandé à mes contacts de basculer sur Telegram, que j’utilisais déjà. Et même si WhatsApp changeait d’avis, au vu de l’hémorragie provoquée par leur annonce, ça ne changerait rien. Telegram dépasse désormais les 500 millions d’abonnés, et Signal a grossi de 6.300 % », explique Heremoana, qui indique avoir reçu un message de Telegram, « la remerciant » d’avoir fait migrer ses contacts sur leur application. « Les récentes déclarations de WhatsApp sur le report de l’entrée en vigueur des nouvelles conditions au mois de mai n’y changeront rien, j’aime l’idée d’une messagerie indépendante de la nébuleuse Facebook qui finira de toute façon par monétiser les données des utilisateurs de WhatsApp, y compris en Europe », ajoute Pascal. En tout cas, « la prochaine fois qu’un groupe voudra imposer ce genre de pratique, il fera peut-être un peu plus attention aux CGU. Bye bye WhatsApp ! ».

Sources

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