Les grandes villes deviennent source de danger lorsqu’un virus circule dans l’air. Elles perdent également de leur utilité lorsque la plupart des habitants restent à la maison en télétravail. L’actuelle crise sanitaire est source d’interrogation au sujet des grandes cités, à tel point que certains annoncent leur disparition.

Un discours à nuancer

Guillaume Faburel est professeur d’urbanisme à l’Université Lyon-2. Interviewé dans une tribune parue dans Marianne en novembre 2020, il évoquait son récent ouvrage s’intitulant « Pour en finir avec les grandes villes ». Dans ce livre, l’urbaniste appelle à fonder une société écologique post-urbaine à l’extérieur des métropoles. La crise du coronavirus donne en effet du grain à moudre à ce type d’idéologie, en faveur d’un retour à la campagne face à de grandes villes considérées comme “barbares”.

L’expert soulignait déjà au début de l’épidémie que les grandes villes ont été le terreau idéal de la propagation du SARS-CoV-2, à commencer par Wuhan (Chine). Or, le principal problème n’est autre que la densité de population. Néanmoins, cette notion fut ensuite assez nuancée, notamment au regard de l’évolution de la situation aux États-Unis. Si une intense première vague s’est fait sentir dans de grandes villes telles que New York, des zones à faible densité ont ensuite connu d’énormes difficultés (ex. : le Dakota du Nord).

Une crainte aussi ancienne que les villes

Cependant, il faut savoir que cette crainte concernant les villes n’a pas attendu l’apparition du coronavirus pour exister. En 2020, l’historien britannique Ben Wilson publiait l’ouvrage Metropolis : A History of the City, Humankind’s Greatest Invention. Comme le titre l’indique, les villes seraient la plus belle invention humaine. En revanche, les craintes concernant ces cités sont aussi vieilles qu’elles. En effet, certains hommes ont toujours prédit leur effondrement, car trop difficiles à gérer, pas assez hygiéniques ou encore gangrenées par la délinquance et le crime. Ben Wilson va même jusqu’à faire allusion à la Bible en mentionnant Babylone, ville antique symbole de la corruption et de la décadence.

Évoquons également l’essor de Londres (Royaume-Uni) au XIXe siècle lors de la Révolution industrielle. Les romans de Charles Dickens dépeignant cette ville polluée ont poussé certains intellectuels à réfléchir à des alternatives à l’instar des cités-jardins, des villes vertes à la population limitée.

Des villes pas nécessairement immenses

Revenons à aujourd’hui où une différence de taille existe : la démocratisation des nouvelles technologies. Celles-ci ont permis de généraliser le travail à domicile durant les périodes de confinement. Doit-on croire pour autant que la possibilité offerte par le télétravail puisse remettre en question la nature des grandes villes ? Alain Bertaud, un autre urbaniste, estime que la multiplication des rencontres spontanées est l’apanage des villes et que celles-ci n’ont pas forcément besoin d’être immenses. L’intéressé prend la Silicon Valley comme exemple, la qualifiant de “banlieue pas très dense” un peu comme la couronne parisienne.

Alain Bertaud ne s’inquiète pas pour les grandes villes, pas plus que pour la pérennité des discours anti-villes. L’intéressé rappelle d’ailleurs qu’en Asie, personne ne pense que les villes sont inutiles. La plupart des gens se rendent compte que ces étendues urbaines créent d’importantes richesses. Dans certains pays tels que la Chine et l’Inde, de nombreuses personnes se souviennent de ce qu’était leur pays il y a un demi-siècle.

Sources

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