Parfois la Terre tourne trop vite. Les humains tentent alors de suivre le rythme, d’adapter leurs horloges. Mais ajouter 1 seconde dans un monde numérisé n’est pas sans conséquences.

Comme les Terriens, la planète bleue était pressée de tourner la page de l’année 2020. Elle a donc tourné plus vite que d’ordinaire. L’an passé, les journées ont duré en moyenne 0,05 milliseconde de moins que d’habitude. Les scientifiques anticipent un scénario identique pour l’année 2021. Or, une journée est censée durer 24 heures, soit 86 400 secondes, mesurées comme 9 192 631 770 périodes de radiation du césium 133, selon le temps atomique international (TAI). Mais le temps universel coordonné (UTC), sur lequel repose notre temps civil, veut que le Soleil culmine à midi à l’équinoxe de printemps à l’observatoire de Greenwich.

Quand la Terre est trop lente, comme ça a été le cas ces dernières années, pour diverses raisons, on rajoute ce que l’on appelle une « seconde intercalaire » pour faire coïncider temps astronomique et temps atomique. Depuis 1972, 37 secondes intercalaires ont été rajoutées. Certains 30 juin et 31 décembre, la minute entre 23 h 59 et minuit en temps universel dure ainsi… 61 secondes.

Si la Terre continue de danser avec entrain encore cinq ou six ans, c’est l’inverse qui pourrait se produire, avec une minute de 59 secondes. « Il est tout à fait possible qu’une seconde intercalaire négative devienne nécessaire si la vitesse de rotation de la Terre continue de s’accélérer », a expliqué début janvier Peter Whibberley, chercheur au Laboratoire national de physique britannique. C’est improbable, mais, si cela arrive, ôter une seconde à la soirée de réveillon serait une première.

Stabilité du réseau

Ces secondes intercalaires ne sont pas sans conséquences, dans une économie informatisée ou mécanisée. À l’été 2012, l’ajout d’une seconde a ainsi produit des dysfonctionnements de nombreux serveurs informatiques, dont Mozilla. 135 compagnies aériennes ont vu leur système de réservation inutilisable le 1er juillet, entraînant retards de vols et inscription des passagers à la main !

« Il faut savoir que les appareils de protection du réseau électrique échantillonnent les valeurs de courant et tension à la microseconde près. Une seconde intercalaire présente pour eux une discontinuité 1 million de fois plus grande que leur précision d’échantillonnage », explique pour « l’HD » Hubert Kirrmann, membre suisse de la Commission électrotechnique internationale. Cela est notamment vrai du réseau électrique européen. « Toutes les stations électriques, du cap Nord jusqu’à Gibraltar, ont un récepteur qui leur donne l’heure à la micro- seconde près », détaille l’ancien professeur à l’université polytechnique de Lausanne.

C’est nécessaire pour que la fréquence électrique soit la même sur tout le continent et pour assurer la stabilité du réseau. « Il y a trois ans, on a échappé, en Allemagne, à une coupure de réseau électrique. Tous les appareils n’avaient pas introduit la seconde intercalaire au même moment », explique Hubert Kirrmann, qui prône l’abandon de celle-ci. Contrairement au mètre, ou au litre, le temps est le seul qui n’a pas une échelle continue. La seule utilité de la seconde intercalaire est de faire que l’heure atomique corresponde en moyenne à l’heure de midi à Greenwich une fois par an. « Elle sert à perpétuer Greenwich comme référence temporelle de la longitude », déplore Hubert Kirrmann.

La question d’en finir avec cette seconde intercalaire fait régulièrement débat à l’Union internationale des télécommunications (UIT), la maîtresse des horloges. D’ores et déjà, certaines activités économiques ont fait sécession et ne respectent pas le temps universel UTC : les satellites GPS utilisent exclusivement le temps atomique sans seconde intercalaire, car un cafouillage des récepteurs lors de cette seconde provoquerait des écarts d’un demi-kilomètre sur la position du véhicule.

Sources

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