Le Japon a confirmé son intention de rejeter progressivement dans l’océan des tonnes d’eaux traitées de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Malgré l’opposition farouche des pêcheurs et autres préoccupations des gouvernements étrangers, les autorités locales estiment qu’il s’agit de la meilleure option d’élimination.

La meilleure option ou la moins mauvaise, c’est selon. Il y a deux ans, on apprenait que la centrale de Fukushima n’aura bientôt plus assez d’espace pour contenir son eau irradiée. Les autorités locales avaient alors évoqué “rejet contrôlé” dans l’océan Pacifique de ces milliards de litres d’eau hautement radioactive, la présentant comme l’option la plus “réaliste”.

L’intention n’était pas passée auprès des associations environnementales, des équipages de pêche nationaux ou encore de Séoul (le Japon et la Corée du Sud ont toujours eu des relations compliquées).

“Déverser cette eau dans l’océan est l’option la moins chère et la plus rapide, et nous sommes convaincus que c’est ce que fera [le Japon]. Une fois que cette eau contaminée sera dans l’océan, elle suivra les courants marins et se retrouvera partout. Y compris dans la mer à l’est de la Corée“, avait alors déclaré Chang Mari, représentante de l’ONG Greenpeace dans le pays. “On estime qu’il faudra attendre dix-sept ans pour que cette contamination radioactive soit assez diluée pour atteindre un niveau sûr“.

Le problème du tritium à Fukushima

Dix ans après ce triste événement, le nettoyage du site est loin d’être terminé. Pour empêcher les trois noyaux de réacteur endommagés de fondre, de l’eau de refroidissement y est pompée en continu.

Cette eau est ensuite envoyée à travers un système de filtration puissant capable d’éliminer toutes les matières radioactives (62 radionucléides, atomes qui ont un excès d’énergie nucléaire) à l’exception du tritium, un isotope de l’hydrogène ayant une affinité chimique avec l’eau qui, selon les experts, n’est pas nocif pour la santé humaine à petites doses.

Notez que le tritium peut être cancérigène et mutagène pour l’Homme, mais uniquement en cas d’exposition à de très fortes doses (de l’ordre du gigabecquerel).

Il y a désormais environ 1,25 million de tonnes d’eaux usées stockées dans plus de mille réservoirs sur le site de l’usine. Et l’eau continue de s’accumuler à un rythme d’environ 170 tonnes par jour. La société Tokyo Electric Power Co (ou Tepco), qui exploite la centrale, a ainsi déclaré qu’elle manquerait d’espace pour construire plus de réservoirs de stockage dans environ deux ans.

Un déversement contrôlé

Les autorités japonaises ont ainsi pesé leurs intentions au cours de ces deux dernières années, pour finalement rendre leur verdict ce mardi : il y aura bien un rejet contrôlé de ces eaux radioactives dans le Pacifique. Les premières opérations devraient débuter dans deux ans et se dérouler sur plusieurs décennies.

Le gouvernement japonais s’est quant à lui engagé à prendre “toutes les mesures pour garantir absolument la sécurité de l’eau traitée et lutter contre la désinformation“.

Le Département d’État américain a salué cette décision : “Dans cette situation unique et difficile, le Japon a pesé les options et les effets, a fait preuve de transparence et semble avoir adopté une approche conforme au nucléaire mondial les normes de sécurité“, peut-on lire dans un communiqué.

L’Agence internationale de l’énergie atomique s’est également félicitée de l’annonce. Elle proposera également un soutien technique à cette mission en conformité avec les lois internationales. “La décision prise aujourd’hui par le gouvernement japonais est une étape importante qui contribuera à ouvrir la voie à des progrès continus dans le démantèlement de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi“, a déclaré l’agence dans un communiqué.

Sources

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