Ceci n’est pas un scoop, la souche originelle du coronavirus SARS-CoV-2 a donné lieu à de multiples variants. Récemment, la déclaration d’un immunologue suisse a fait l’objet d’une déformation lors de son relai dans la presse. Finalement, celle-ci est apparue sur les réseaux de manière totalement erronée.

Une simple déclaration d’un expert dans la presse

Si de nombreuses fausses informations ont pour but de manipuler l’opinion, certaines sont simplement le résultat d’une simple déformation. Il peut s’agir d’une phrase ou d’un chiffre cité hors contexte, ou encore d’un fait mal interprété. Ce genre de mésaventure est arrivé à Sai Reddy, un immunologue suisse qui s’est exprimé le 22 août 2021 sur différents médias locaux tels que le journal Blick ou encore la chaîne RTS. Ce spécialiste de l’École polytechnique fédérale de Zurich (Suisse) a évoqué la question des variants. Selon lui, les variants Beta et Gamma ont développé des processus d’échappement aux anticorps, ce qui n’est le cas du variant Delta. L’expert pense que la mutation d’un de ces variants est inévitable. Voici une de ses déclarations :

« C’est la phase suivante de la pandémie, lorsque Bêta ou Gamma deviendront plus infectieux ou que Delta développe des mutations d’échappement. Ce sera le grand problème de l’année à venir. Le “Covid-22” pourrait être encore pire que ce que nous vivons actuellement […] Si un tel variant émerge, nous devons le détecter le plus tôt possible et les fabricants de vaccins doivent adapter les vaccins rapidement. L’émergence de ce nouveau variant constitue le grand risque. Nous devons nous y préparer. »

Un “super-variant Covid-22″ ?

Aujourd’hui, il suffit de taper #Covid22 dans la barre de recherche de Twitter pour se rendre compte du déferlement que la déclaration de Sai Reddy a généré. De médias en médias, l’information a été déformée pour finir totalement erronée sur les réseaux, alimentant évidemment fake news et autres allégations complotistes. En réalité, l’immunologue ne parle pas d’un variant existant (ou à venir) portant l’appellation Covid-22. Il s’agit simplement d’une expression pour désigner une éventuelle forme de la maladie pouvant apparaître en 2022, une évolution d’un des actuels variants. Rappelons également que le terme Covid-19 désigne la maladie que cause le coronavirus et pas le coronavirus lui-même (SARS-CoV-2).

Tout va très vite sur les réseaux, si bien qu’une simple étincelle peut mettre le feu aux poudres. Entre les déformations du journal Blick focalisant l’attention sur la phrase «Le Covid-22 pourrait être encore pire » et le compte Twitter Mediavenir parlant de “super-variant Covid-22” – un terme vraisemblablement emprunté au journal à sensation ou tabloïd britannique The Mirror (et non à Sai Reddy lui-même) – il est logiquement imaginable qu’une partie du public se laisse facilement tenter. Même l’ancien vice-président du Rassemblement national Florian Philippot a récupéré la fausse information dans un tweet fustigeant un futur «pass sanitaire perpétuel ».

Cette cascade de récupérations en tout genre est pourtant issue du simple relai de l’opinion d’un scientifique dans un média. Or, les chercheurs s’exprimant dans les médias à titre personnel devraient faire davantage attention. Ils devraient préciser si ce qu’ils disent provient de leur propre avis ou d’une étude qu’ils auraient menée. Ceci ne disculpe évidemment pas les médias (ou faux médias) déformant les propos des spécialistes, mais permettrait d’apporter davantage de clarté dès le départ.

Sources

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