Longtemps, les chercheurs ont presque tout ignoré des variations du jet-stream, ce courant de vents qui influe sur la météo de l’Europe. Aujourd’hui, des travaux fournissent de précieuses informations sur la manière dont il a naturellement évolué par le passé. Des informations qui ont de quoi inquiéter pour notre avenir.

Le jet-stream. En français, on préfère l’appeler le courant-jet. Et c’est en fait un courant d’air très puissant. Il circule en altitude. À quelque 10 à 15 kilomètres au-dessus de la surface de la Terre. Sur plusieurs milliers de kilomètres de long et quelques centaines de kilomètres de large. Avec des conséquences marquées sur la météo au sol.

Des chercheurs de l’université de l’Arizona (États-Unis) se sont tout particulièrement intéressés au courant-jet de l’Atlantique nord. Le jet-stream polaire. Parce que oui, il existe autour de la Terre, plusieurs courants-jets. Celui qui inquiète aujourd’hui les scientifiques, ce ruban de vents dominants d’ouest, influence particulièrement la météo de l’est de l’Amérique du Nord et celle de l’ouest de l’Europe. Il est réputé responsable de 10 à 50 % des variations de précipitations et de températures sur ces deux grandes régions. Mais jusqu’à présent, les chercheurs savaient peu de choses sur la façon dont ce courant-jet a évolué au fil du temps. Et de fait, sur la manière dont il pourrait être impacté, à l’avenir, par le réchauffement climatique anthropique.

Pour en savoir plus, l’équipe a collecté des échantillons de carottes glaciaires sur près de 50 sites répartis sur l’ensemble du Groenland. De quoi reconstituer les changements dans les régimes des vents depuis le VIIIe siècle. Car ces derniers provoquent des variations notamment dans la quantité de neige qui arrive au sol.

Si le courant-jet se déplace vers le nord…

Leurs résultats suggèrent que, sur des échelles de temps annuelles ou plus longues, la variabilité naturelle masque encore l’effet du réchauffement climatique sur la dynamique atmosphérique aux moyennes latitudes. Mais que des écarts importants pourraient bientôt être enregistrés. Dans un scénario de business as usual — un scénario dans lequel nos émissions de gaz à effet de serre se poursuivent comme si de rien n’était –, les modèles prévoient ainsi une migration vers le nord du jet-stream polaire dès les années 2060. Une migration en dehors de sa plage de variabilité naturelle.

Et ce n’est pas une bonne nouvelle. Les chercheurs ont en effet par ailleurs aussi pu faire correspondre certains changements dans le courant-jet de l’Atlantique nord à des calamités survenues par le passé. Lors de la famine qui a frappé la péninsule ibérique en 1374, par exemple, le jet-stream polaire était situé exceptionnellement au nord. En 1740, un demi-million de personnes sont mortes de faim sur les îles britanniques alors que les vents soufflaient à la moitié seulement de leur intensité habituelle.

« Nous savons que des variations du jet-stream polaire peuvent avoir de graves conséquences sur nos sociétés. En se décalant vers le nord, le courant-jet emporte, par exemple, l’humidité avec lui et accentue les sécheresses. La grande différence avec ce qui a pu se produire par le passé, c’est qu’avec le réchauffement climatique anthropique, le phénomène pourrait devenir permanent. Mais si nos travaux sonnent comme un avertissement de plus, nous voulons souligner que nous avons encore la possibilité de contrôler les choses », conclut Matthew Osman, auteur principal de l’étude, dans un communiqué de l’université de l’Arizona.

Sources

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