Pourquoi dépense-t-on des milliards pour retourner sur la Lune ? La NASA lance en mars son programme Artémis, qui prévoit d’y envoyer de nouveaux astronautes d’ici 2025.

La première mission, baptisée Artémis I, est un vol non-habité destiné à vérifier le bon fonctionnement du vaisseau spatial. Le sol lunaire ayant déjà été foulé en 1969, les motivations d’Artémis peuvent sembler opaques. Voici toutes les raisons qui poussent la NASA à opérer son grand retour sur la Lune. 

ETABLIR UNE PRÉSENCE PERMANENTE SUR LA LUNE 

Cette fois-ci, les Américains ne se contenteront pas d’un «petit pas pour l’homme». L’objectif du programme Artémis est clair : retourner sur la Lune, et y rester. «On ne veut pas juste planter un drapeau», confirme Nicolas Maubert, conseiller spatial et représentant du CNES (Centre national d’études spatiales) aux Etats-Unis. «La NASA prévoit de s’y installer de manière permanente.» 

Pour ce faire, les chercheurs travaillent sur la construction d’une base lunaire semblable à la Station Spatiale Internationale (ISS), baptisée Lunar Gateway («portail lunaire»). Placée en orbite autour de la Lune, elle accueillera des astronautes internationaux pour qu’ils puissent mener des expériences scientifiques. Grâce aux avancées technologiques, celles-ci seront beaucoup plus poussées qu’en 1972, date des dernières expéditions sur le sol lunaire. 

Le Lunar Gateway est la principale contribution française au programme Artémis. L’Agence spatiale européenne (ESA) fournit des modules essentiels à la construction de la station, et en échange, certains de ses astronautes pourront intégrer des vols vers la Lune. Le projet ne devrait pas être finalisé avant 2026. 

S’ENTRAÎNER AVANT D’ALLER SUR MARS 

Si la Nasa s’intéresse autant à la Lune, c’est parce qu’elle voit encore plus loin. «C’est une étape préliminaire avant Mars, qui est le but ultime en matière d’exploration spatiale», indique Nicolas Maubert. La Lune est beaucoup plus accessible : elle ne demande que deux à trois jours de voyage, contre six mois pour la planète rouge. Elle sera donc le QG des astronautes, en attendant que tous les problèmes technologiques posés par la conquête martienne soient réglés. 

Sur la Lune, les scientifiques pourront apprendre à extraire des ressources et à en créer de nouvelles, sur une autre surface que celle de la Terre. Une fois les techniques de production d’énergie, de communication et de mobilité extraterrestres mises au point, ils pourront s’envoler vers Mars. 

CONCURRENCER LA CHINE 

La Guerre froide qui justifiait le programme Apollo n’est plus d’actualité. Mais comme dans les années 1970, les enjeux de géopolitique ne sont jamais bien loin. Le grand concurrent des Etats-Unis est désormais la Chine. «Lorsque Donald Trump a été élu, nous sommes entrés dans un nouvel âge d’or du spatial», explique Nicolas Maubert. «Il pensait que ceux qui avaient le dessus dans l’espace l’avaient également sur Terre.» La NASA a donc élaboré de nouvelles grandes missions, dans l’optique de concurrencer les Chinois. L’actuel président des Etats-Unis, Joe Biden, s’est aligné sur cette politique. 

En 2019, la Chine était devenue la première nation à poser un rover sur la face cachée de la Lune. Si les Américains sont supposés être plus avancés, «la Chine rattrape très vite son retard», note Nicolas Maubert. Elle prévoit également d’envoyer des astronautes sur la Lune, même si ses programmes sont beaucoup plus opaques que ceux de la NASA.

Face à ces deux géants du spatial, l’Agence européenne (ESA) ne s’est pas clairement positionnée. «Nous sommes multilatéraux, mais nous avons tendance à aller plutôt du côté américain», constate Nicolas Maubert. A noter que les Etats-Unis représentent à eux seuls 60% du budget spatial mondial. 

Sources

Profitez-en pour vous abonner  et suivre d’autres reportages tout aussi passionnants.