Parmi les vaisseaux spatiaux, le Starship est le maillon clé pour l’exploration spatiale habitée, pour les missions lunaires de la NASA ou pour conquérir la planète Mars. Elon Musk promet un premier vol test en orbite en 2022, mais il reste beaucoup à faire.

L’élément le plus important du Starship est le moteur Raptor. Depuis l’annonce du projet par Elon Musk en 2016, les motoristes de SpaceX s’affairent à rendre ce moteur fiable. On est passé par plusieurs vols de démonstrations, mais n’allant jamais au-delà de la troposphère. Même si le vol test orbital sera « probablement un échec », comme l’affirme Elon Musk, c’est une étape importante, complexe, et néanmoins faisable cette année. Alors qu’est-ce qui bloque ?

Tout d’abord, le moteur Raptor a montré ses faiblesses dans ses premières versions, si bien qu’il y a quelques mois, Elon Musk aurait même parlé de « crise des Raptor ». Dernièrement, un nouveau design du moteur (Raptor-2) a été dévoilé lors d’une conférence de presse. Un design bien épuré. Le Raptor 2 aura également une poussée plus forte que son prédécesseur : 230 tonnes au lieu de 185 tonnes pour le Raptor 1.

Peu de détails ont été communiqués sur le Raptor 2, mais il est fort probable que SpaceX attende que le moteur soit prêt pour faire des nouveaux sauts de puces ainsi que le vol orbital. Et le moteur semble bien plus compliqué à développer que Musk ne semblait le prédire. Le P.-D.G. de SpaceX a ajouté que le premier étage réutilisable Super Heavy comptera 33 Raptor au lieu de 29. Cette architecture extrêmement complexe n’est pas sans rappeler celle de la fusée lunaire soviétique N1 qui n’est jamais parvenue à quitter le sol avec succès.

Enfin, un nouveau retard devrait se profiler à l’horizon. Elon Musk a annoncé dans un tweet que SpaceX se concentrerait davantage sur la cybersécurité pendant quelques temps, dans le contexte de la guerre en Ukraine. Musk a prévenu que cela ralentirait le planning sur la constellation Starlink et aussi sur le développement du Starship.

Le match sans fin avec l’autorité fédérale

Pour l’instant, SpaceX déclare qu’ils seront prêts à réaliser le vol orbital en mars. Mais, en dehors des aspects techniques, la tour d’assemblage n’est même pas homologuée. Elon Musk a plusieurs fois pris de vitesse les autorités en s’installant à Boca Chica, au Texas, au bord de la mer et de la frontière mexicaine. Aujourd’hui, la FAA n’a pas encore donné son feu vert pour le vol orbital.

Qu’est-ce que la FAA, la Federal Aviation Administration ? C’est l’autorité qui donne le feu vert à toute opération civile se déroulant dans l’espace aérien américain. Elle octroie les licences aux compagnies aériennes ainsi qu’aux compagnies opératrices de fusées, comme SpaceX. Malheur à qui passe hors-la-loi !

C’est ce qui s’est passé avec SpaceX. En décembre 2020, lors du vol test du modèle SN8 du Starship, SpaceX ignore les avertissements de dernière minute de la FAA et sort du cadre de sa licence de lancement. D’autres violations ont braqué les projecteurs sur Boca Chica : trop forte proximité du personnel pendant les tests, nuisances sonores faisant fuir les habitant des environs, des débris qui retombent à des endroits indésirables quand un test échoue, sans parler des effets sur l’environnement.

Depuis, l’institution n’en manque pas une pour se montrer minutieuse dans les procédures et a décidé de passer aux rayons X tous les effets des activités de SpaceX à Boca Chica. De son côté, Elon Musk s’était lancé dans un match de critiques verbales sur Twitter à l’encontre de l’administration.

Aujourd’hui, le climat est passé de la défiance à l’accalmie. Cependant, la FAA n’a pas encore fini son rapport sur son évaluation environnementale de Starbase. Il devait être publié fin décembre, mais l’institution a décidé de reporter à fin février, puis maintenant à fin mars, le temps de finir ses consultations avec différentes agences. La FAA avait également ouvert une consultation publique pour connaître l’opinion des riverains mais Elon Musk l’a contrecarrée en incitant ses fans sur Twitter à venir, eux aussi, donner un commentaire en ligne pour le soutenir.

Déménager à Cap Canaveral ?

C’est l’ultime option pour SpaceX. Si jamais l’avis de la FAA sur Starbase est défavorable, il ne restera plus qu’à plier bagages et s’installer au Kennedy Space Center. Le choix du pas de tir possible a déjà été fait mais il faudra six à huit mois pour l’adapter au Starship, ce qui rend difficile un vol orbital du Starship cette année.

L’option plaît bien à la NASA. L’agence est commanditaire du Starship pour assurer le posé des missions Artemis sur la Lune. Le vaisseau Orion serait chargé du transport jusqu’à la future station spatiale Gateway, en orbite autour de notre satellite naturel, puis le Starship serait en charge de l’alunissage. L’option plaira moins à Elon Musk qui compte beaucoup sur Starbase pour ses plans martiens.

Sources

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