Dans le bush australien, les tourbières de l’Indonésie, les forêts de Californie, la toundra arctique et  jusqu’aux zones humides de l’Argentine, nos forêts brûlent. Et les experts s’accordent aujourd’hui à dire que la situation n’est pas appelée à s’améliorer. Alors mieux vaut s’y préparer.

Il y a quelques jours, l’édition 2022 du rapport Frontières publié chaque année par le Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE) identifiait trois fléaux imminents qui menacent l’humanité. Parmi lesquels, les feux de forêt. Aujourd’hui, deux nouvelles publications le confirment. Les feux de forêt gagnent du terrain et deviennent de plus en plus intenses.

Le rapport Spreading like Wildfire : The Rising Threat of Extraordinary Fires, rédigé pour le PNUE par une cinquantaine d’experts, rappelle tout d’abord que les feux de forêt sont le résultat d’une combinaison complexe de facteurs à la fois biologiques, météorologiques, physiques et sociaux. Ainsi, si le réchauffement climatique contribue à l’augmentation du risque, il n’est pas le seul à mettre en cause. L’impact de l’utilisation et de la gestion des terres et celui de la démographie ne doivent, par exemple, pas être négligés.

Toutefois, les experts notent que le réchauffement climatique a tendance à créer des conditions météorologiques de plus en plus favorables au déclenchement de mégafeux de forêt : des sécheresses plus fréquentes et plus prononcées, des températures plus élevées, une humidité plus faible, des éclairs secs, des vents forts. Tout cela contribue à rallonger et à intensifier les saisons des incendies dans les régions déjà connues pour ça. Et même à enflammer des régions jusqu’alors épargnées par les feux.

La multiplication des « nuits inflammables »

D’autant que des chercheurs de l’université du Colorado (États-Unis) mettent en évidence un autre facteur aggravant un peu négligé : la recrudescence des nuits chaudes et sèches. Avec le changement climatique, en effet, les nuits se sont relativement plus réchauffées que les journées au cours des sept décennies écoulées. Et les modèles prévoient que la situation empirera encore à l’avenir.

Ainsi, selon les chercheurs de l’université du Colorado, le nombre de nuits qu’ils qualifient d’« inflammables » dans l’ouest des États-Unis a augmenté de 45 % en 40 ans. L’équivalent de 11 « nuits inflammables » supplémentaires dans l’année. Contre seulement — mais tout de même –, une semaine de « nuits inflammables » supplémentaires sur un cinquième des terres inflammables dans le monde.

Les chercheurs montrent aussi qu’à l’échelle de la Planète, les incendies nocturnes sont devenus plus de 7 % plus intenses entre 2003 et 2020. Et même environ plus de 30 % dans l’ouest des États-Unis, alors que traditionnellement, les pompiers comptent plutôt sur des nuits plus fraîches et plus humides pour les soulager et les aider à maîtriser les feux de forêt.

Miser sur la prévention pour éviter des conséquences dramatiques

L’ennui avec les feux de forêt, c’est qu’ils posent à la fois des problèmes en termes de santé et de biodiversité et même… de réchauffement climatique. Avec les coûts économiques que cela implique — jusqu’à 350 milliards de dollars par an, seulement pour les États-Unis. Une étude récente montre ainsi que l’exposition aux fumées coûte chaque année la vie à plus de 30.000 personnes réparties dans 43 pays. Les feux de forêt qui ont ravagé la région du Pantanal au Brésil, l’année dernière, ont, quant à eux, détruit près d’un tiers de l’un des plus grands réservoirs de biodiversité au monde. Enfin, les feux de forêt s’intègrent dans une boucle de rétroaction qui amplifie le réchauffement climatique — et finalement la sévérité des incendies — en étant responsables d’énormes émissions de gaz à effet de serre. Pour les seuls mois de juillet et d’août 2021, pas moins de 2,5 gigatonnes de CO2, l’équivalent des émissions annuelles de l’Inde.

Le rapport du PNUE appelle en conclusion les gouvernements à revoir leurs priorités. En investissant près de la moitié de leur budget « feux de forêt » dans la prévention — alors qu’elle ne concentre pour l’heure pas plus d’un pour cent des budgets –, environ le tiers dans la lutte contre les incendies et le reste seulement dans la réparation, une réponse considérée comme « à court terme » et de fait, inadaptée. Les experts recommandent dans ce cadre à la fois de se reposer sur les connaissances autochtones et de mettre en œuvre une réponse mondiale, une coopération internationale, qui permettrait de développer et de partager plus efficacement les connaissances.

Sources

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