La qualité des premières images du plus grand observatoire jamais lancé dans l’espace confirme qu’il va révolutionner l’astronomie moderne.

Le moins qu’on puisse dire est que le télescope Webb était attendu au tournant. Après quinze années de retard et un surcoût associé pharaonique, l’instrument spatial le plus complexe et le plus cher de l’histoire justifiait-il vraiment tous les sacrifices réalisés par la Nasa? N’allait-on pas finir par regretter tous les projets reportés ou abandonnés pour pouvoir financer l’ogre Webb?

Avec les premières images dévoilées lundi soir puis mardi après-midi par l’agence spatiale américaine, ces critiques jusque-là légitimes ont été balayées d’un revers de la main. En quelques poses, Webb se hisse déjà au niveau des plus belles images prises par Hubble, référence esthétique absolue en astronomie. Cela n’avait rien d’évident a priori car, tenez-vous bien, Webb n’est pas vraiment conçu (ou plutôt optimisé) pour prendre de belles images!

La puissance réelle du télescope est ailleurs. Le premier objectif de Webb n’est en effet pas de voir «beau» mais de voir «loin». Or plus un objet est lointain, plus sa lumière est décalée vers le rouge, au point de sortir du visible pour les galaxies les plus anciennes. C’est donc dans l’infrarouge que Webb réalise ses observations. Problème: un photon infrarouge est moins «précis» qu’un photon visible (il fait une petite tache si vous voulez). Il se trouve que Webb compense ce handicap par la taille de son miroir principal, trois fois plus grand que celui de Hubble.

«Finesse des détails»

Cette grande surface collectrice était de toute façon indispensable pour aller dénicher des objets très faibles. Le résultat est là: la première image dévoilée lundi soir par la NASA au président américain Joe Biden démontre la capacité exceptionnelle de Webb à voir loin. Avec ce premier cliché, le télescope pourrait déjà avoir débusqué les plus anciennes galaxies jamais identifiées. Les scientifiques qui vont s’emparer des données ces prochains jours devraient être en mesure de le confirmer rapidement.

«Mais au-delà des records, ce qui est éblouissant est la finesse des détails», souligne David Elbaz, astrophysicien au laboratoire cosmologie et évolution des galaxies du CEA, à Saclay. Honnêtement, je ne m’attendais pas à des images aussi précises à de telles longueurs d’onde.» La définition exceptionnelle des images dévoilées mardi l’a confirmé: les prises de vue de la nébuleuse de la Carène, du quintette de Stéphan et de la nébuleuse planétaire de l’anneau austral sont à couper le souffle.

Cela va très certainement aider la NASA dans sa communication auprès du grand public, mais c’est sur le terrain scientifique que Webb reste le plus attendu. «Pour l’instant, il n’y a pas encore beaucoup de science derrière ces images, car elles n’ont pas eu le temps d’être analysées en profondeur par les spécialistes», souligne Pierre-Olivier Lagage, astrophysicien au CEA et coresponsable de Miri, l’un des instruments de Webb. «Mais leur potentiel est considérable. Les performances du télescope sont conformes aux prévisions les plus optimistes. Ce n’est pas la première fois que je mets en service un instrument et cela ne m’était jamais encore arrivé dans ma carrière. C’est une rupture totale avec les générations précédentes de télescopes dans l’infrarouge.»

Les écueils possibles sur la route de Webb étaient pourtant nombreux. Mais après un lancement sans faute par la fusée européenne Ariane 5 le 25 décembre dernier, l’engin replié tel une fleur dans son bourgeon s’est déployé sans incident tout au long de son voyage vers le deuxième point de Lagrange, situé à 1,5 million de kilomètres de la Terre. Toute la procédure d’alignement des miroirs s’est faite sans incident, avant que chacun des quatre instruments embarqués pour analyser la lumière réceptionnée par ces pétales dorés ne soit mis en service. Là encore, sans le moindre incident. Au total, plus de 20.000 personnes auront participé à l’élaboration du télescope dont le coût est évalué à 11 milliards de dollars. Le prix à payer pour révolutionner l’astronomie.

Sources

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